Littérature : à Madagascar, les auteurs contemporains contraints à s’autoéditer

Littérature : à Madagascar, les auteurs contemporains contraints à s’autoéditer

www.noocultures.info – De manière générale, il a toujours été difficile pour un auteur en herbe de se faire publier. Les maisons d’édition reçoivent des milliers d’ouvrages desquels elles réalisent une sélection rigoureuse.  Mais surtout, un nouvel auteur a peu de chances de signer un contrat d’éditions pour la simple raison qu’il est moins risqué de miser sur un auteur connu que sur un nouvel arrivant. Même si le monde de la littérature est impitoyable, pour qu’un auteur puisse vendre, il faudrait tout de même qu’on lui donne cette chance. Ce n’est qu’à partir du moment où un écrivain signe un contrat d’édition que sa carrière se joue. 

A partir de là, il y a deux alternatives : soit le livre est vendu à seulement quelques centaines d’exemplaires (un peu moins de trois cent), l’ouvrage ne sera pas réédité et l’auteur pourra retenter sa chance avec un autre roman, soit celui-ci fera partie des écrivains remarqués à l’exemple de Jean Bofane, de Maryse Condé, d’Ali Zamir ou encore de Mohamed Mbougar Sarr. Il faut noter qu’il est difficile de devenir auteur et ce peu importe le pays dont on est originaire.

Que l’on vienne d’Afrique, du Canada ou encore de la France, l’on peut faire partie des auteurs reconnus et publiés dans plusieurs langues étrangères tout comme l’on peut disposer d’une carrière assez modeste. Toutefois, il faut savoir que l’arrivée de nouvelles maisons d’éditions et de nouvelles librairies contribue à l’amélioration de la situation des jeunes auteurs. Il est indéniable que cela leur procure davantage de chances d’être découverts.

Se faire éditer à Madagascar

Ces dernières années ont vu l’apparition d’un certain nombre de maisons d’édition en Afrique. Ce qui représente un grand avantage pour les jeunes auteurs. Il y a là une volonté perceptible de faire circuler la littérature locale et la prise en main du développement du secteur du livre. Pour le cas de Madagascar, les maisons d’éditions apparues sont pour la plupart spécialisées dans la littérature jeunesse et il n’existe pas de réseau de distribution à l’échelle nationale. Faute de mieux, les auteurs malgaches se tournent vers l’autoédition ou bien se font aider avec l’aide d’associations. Mais cela revient au même étant donné qu’il n’y a pas d’édition à proprement parlé, il ne s’agit en fait que d’une impression en plusieurs exemplaires.

Pourtant, il y a des auteurs qui conseillent la publication à compte d’auteur, à l’exemple d’Esther Randriamamonjy. A l’occasion du « Grand rendez-vous de la littérature » qui s’est tenue à l’Alliance française d’Antananarivo le 14 décembre 2019, elle a affirmé qu’« il faut publier le premier ouvrage par soi-même et, avec les profits obtenus, publier le manuscrit suivant ».

Présenté de cette façon, ce type de publication peut apparaître comme la solution de facilité. Pourquoi un auteur serait-il obligé d’attendre un tiers pour publier son livre ? La réponse se trouve dans le fait que les fonctions et les aptitudes de l’auteur se limitent à l’écriture et ne touchent pas à la vente et la promotion de son livre. C’est pourquoi, à de rares exceptions, ces auteurs restent dans l’anonymat et leurs livres ne se trouvent même pas dans les librairies. Sur leurs livres, à la place de la maison d’édition on peut lire le nom de l’imprimerie.

Cette situation perdure depuis des années mais il y a des auteurs malgaches francophones qui ont mené leurs carrières autrement. En effet, Madagascar compte quelques auteurs publiés par des maisons d’éditions françaises à l’exemple de Michèle Rakotoson, Johary Ravaloson et Jean Luc Raharimanana. Mais il s’agit de la génération précédente d’auteurs, quant à celle d’aujourd’hui, ils ont la possibilité d’opter entre l’autoédition ou encore la recherche acharnée de maisons d’édition sans tenir compte de la distance. Mais ce choix ne concerne que les auteurs malgaches francophones.

La perspective des concours d’écriture

Depuis 2018, il existe un concours d’écriture intitulé « Prix littéraire des Alliances Françaises de Madagascar ».  Ce concours se destine aux auteurs amateurs ainsi qu’aux professionnels. Comme partout ailleurs, il s’agit d’une compétition qui offre de la visibilité au lauréat et à son œuvre. Lors de cette première édition, Hoby Rasolofoarimasy a remporté le prix dans la catégorie langue malgache. Elle avait envoyé son recueil de poème intitulé Vikina. Ce prix lui a permis d’être découverte et même d’être conviée à la seizième édition du « Printemps des poètes des Afriques et d’Ailleurs ».

Il y a des concours qui offrent de réelles perspectives ou du moins un peu d’aide pour le lancement d’une carrière d’auteur. Toutefois, comme cette poétesse écrit exclusivement en malgache, même les opportunités obtenues avec l’aide des Alliances françaises ne lui permettent pas réellement de lancer sa carrière dans son pays natal. La plupart du temps, les auteurs sont livrés à eux-mêmes et se doivent de trouver tout seul le moyen de vendre leurs livres. Néanmoins, l’on ne peut pas dire qu’il ne se passe rien à Madagascar.

Malgré les manquements flagrants du secteur du livre, cela ne vient pas à bout de la volonté des auteurs. Les associations œuvrant pour la littérature ne peuvent pas se substituer aux maisons d’éditions. A moins qu’elles ne facilitent la recherche de maisons d’éditions par ces auteurs. Toujours est-il que les professionnels du livre devraient s’inspirer des pays africains et des pays francophones où les moyens sont mis en place pour permettre l’essor de la littérature et la révélation des nouveaux talents littéraires.

Par Niry Ravoninahidraibe (Collaboration) ©www.noocultures.info
Illustration : Hoby Rasolofoarimasy à gauche et Esther Randriamamonjy à droite lors du “Grand rendez-vous de la littérature” du samedi 14 décembre 2019 ©Aina Rabezanany/Alliance française d’Antananarivo

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