« Tu dis PDI » : Non désiré dans son pays

« Tu dis PDI » : Non désiré dans son pays

BURKINA FASO – La villa 39 des Récréâtrales a servi de cadre ce lundi 31 octobre à la deuxième représentation de la pièce de théâtre « Tu dis PDI ». Cette mise en scène d’Aristide Tarnagda est conçue et chorégraphiée par Djibril Ouattara.

« On dit…, tu dis…, vous dites déplacé-e-s, Personnes déplacé-e-s, Personnes déplacé-e-s internes. Pour aller vite on abrège, on dit, tu dis, vous dites PDI ». Cette tirade prononcée par l’un des personnages sur scène traduit le ressenti de ces femmes, hommes et enfants victimes du terrorisme. Devenus des personnes déplacées internes, ils ont fui les attaques de groupes armés dans leurs régions.

La représentation démarre par un bal poussière aux environs de 19h. Sur scène, une petite fille débordante de vie. Alors qu’elle donne le ton de cette soirée festive avec ses parents au village, les bruits d’un hélicoptère les hypnotisent sur place. Apeurés, ils se dispersent avec pour seule échappatoire la fuite, laissant derrière leurs biens, symbole de ruine et de perte des années de vie.

« Tu dis PDI » (PDI, personne déplacée interne, Ndlr) est, en effet, un spectacle qui mêle danse, théâtre et chant, joué en Pulaar et en Mooré (deux des langues parlées au Burkina-Faso). Il est joué par des familles victimes du terrorisme et réfugiées dans la ville de Kaya, dans le Centre-nord du pays. Ce spectacle est issu du projet « Terre Ceinte », mis en œuvre par les Récréâtrales depuis 2021, et basé sur le roman éponyme de l’écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, paru chez Présence africaine en 2014.

Entre désespoir, craintes, avenir incertain, fuite des attaques et recherche d’une nouvelle terre d’accueil, ces PDI appellent à l’aide. « J’ai choisi de partir, face à leurs folies dégoulinantes et leurs furies meurtrières (…) Pas fui, pas déplacé… », clame l’une d’entre-eux.

 Et dans la récitation de cette litanie presque agonisante, de ces personnes qui se sont retrouvées en situation de vulnérabilité, la petite fille qui avait ouvert le bal, refait son apparition, le drapeau du Burkina-Faso en main, marchant entre la foule, les yeux hagards. La lancinante voix poursuit son monologue. « Je cours vers ta générosité, vers ton école, vers ta langue, vers ta terre (…) Aujourd’hui, nous mourrons sans avoir connu la vie ».

 Cette histoire tragique est jouée sur la terrasse de la Villa 39. Ses portes en fer, de couleur verte, sont restées entrouvertes, laissant quelques fois sortir les personnages de la pièce. Du côté droit, la fenêtre, quant à elle est restée ouverte durant les premières minutes du spectacle. Une femme y est apparue chantant, en langue Mooré, son drame. Des deux côtés de la terrasse sont alignés des bancs sur lesquels, on aperçoit assis des femmes et des enfants qu’on pourrait facilement confondre aux résidents de la Villa. Sur scène, une trentaine de comédiens-amateurs.

Permettre à ces déplacés de retrouver leur verticalité

« Tu dis PDI » est comme un exorcisme pour ces personnes victimes du terrorisme, devenues refugiées par la force des choses. Leurs destins souvent méconnus de l’opinion publique, leur avenir incertain, les condamnant à vivre comme des parias dans leur propre pays, sont ainsi portés au théâtre.

Cette pièce, selon le chorégraphe Djibril Ouattara « convoque la culture pour panser les plaies, prévenir les choses et lutter contre l’extrémisme », en permettant à ces personnes déplacées « de se reprendre en main, de se reconstruire et de retrouver un tant soit peu le sourire ».

Et la présence de la petite fille dans ce spectacle « convoque le futur » car « l’enfant est le père de l’homme. Si le Burkina va s’en sortir, c’est avec les femmes », poursuit Djibril Ouattara pour qui le fait de brandir un drapeau et de se balader entre la foule symbolise « la transmission du flambeau de générations en générations, l’espoir d’une vie meilleure ».

Les Personnes Déplacées Internes sont des personnes contraintes de fuir à l’intérieur de leur propre pays, notamment en raison de conflits, de violences, de violations des droits humains ou de catastrophes. Au Burkina Faso, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires du Système des Nations Unies estime à 1.719.332, le nombre de personnes déplacées enregistrées au 30 septembre 2022. On y dénombre 60,40% d’enfants.

Ulvaeus Balogoun (Bénin)
Article rédigé dans le cadre de l’atelier “Médias et Théâtre” organisé par l’Association Nord Ouest Cultures, NO’OCULTURES, à l’occasion de la 12è édition des RECREÂTRALES, avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF)

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