Séjour paradisiaque en compagnie de la mort !

Séjour paradisiaque en compagnie de la mort !

(Article issu de notre magazine) « Du paradis à l’enfer », premier roman de l’écrivaine Burkinabè Priscille Ginette BANSE, campe le décor d’un thriller psychologique. Paru aux éditions Céprodif en 2018, l’œuvre comporte 95 pages. Egalement journaliste et bloggeuse, cette passionnée de lecture se bat pour transmettre cet amour aux jeunes. Intrigues, suspense, angoisse, meurtres, trahison, c’est ce cocktail très corsé que l’auteure sert à ceux qui pénètrent dans son univers imaginaire.

Le directeur du lycée Sainte Scholastique décide d’offrir des vacances bien méritées aux meilleurs élèves du secondaire dans sa villa située dans la région des cascades. Mais ces derniers ne s’imaginent pas un instant que là où se trouve leur paradis, se trouve également leur enfer. De touristes, ils seront pris en chasse comme du gibier par des trafiquants d’organes humains.

« Le car démarra et Sylvie sentit que ce voyage lui marquerait l’esprit jusqu’à la fin de ses jours; un lourd sentiment de malaise qu’elle ne pourrait définir lui étreignait la poitrine ». L’auteure plante ainsi le décor à la page 21. Inquiétude et excitation nous parcourent et l’on a hâte de découvrir les autres pages. Malheureusement, propulsés dans cet univers macabre, ces innocents adolescents sont pris au piège dans la grotte du loup. Le titre du livre accentue ce sentiment. Nul besoin d’être devin pour comprendre que la mort et la souffrance seront au rendez-vous. En effet, à peine 24 heures après, leur cauchemar commence.

Alors, où sont donc passés Paul et Kady ? Qui a gravement blessé le surveillant Tanga ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’avancées dans l’enquête, malgré le dévouement de trois policiers ? Y a-t-il un traitre parmi ces jeunes ? Qui sont les commanditaires de ces actes ignobles ?

Comme si nous étions au Far West

Ce roman évoque les films western hollywoodiens mettant en scène la relation sensible entre les Indiens et les Blancs. En effet, ceux qui décident de rester après les premières disparitions vivent comme perdus au beau milieu du désert, sans vivres. Les angoisses et les sueurs froides rythment leur quotidien. Leurs uniques moyens de défense sont leurs armes blanches et surtout leur instinct de survie. Malheureusement, en face, se trouvent de dangereux criminels mieux armés qu’eux et prêts à tout pour atteindre leur objectif malsain. La tension est grande entre les deux camps, et le dernier affrontement se déroule comme un duel. Qui sera le plus rapide à tirer ? Heureusement, le bien triomphe toujours du mal, et l’histoire se termine à l’image d’un film américain par la mythique phrase «Happy end».

L’auteure tisse ainsi sa toile entre course poursuite, traque infernale et paranoïa. L’on est capturé dans ce cercle infernal sans répit. Des intrigues entremêlées et des rebondissements réguliers parviennent à nous tenir en haleine tout au long de l’histoire. S’il y a une intrigue principale, c’est bien celle de l’identité du traître parmi les adolescents. Sans le savoir, il existe un loup déguisé en agneau dans la bergerie, prêt à sortir les crocs. Seule Ariane voit la taupe à la page 42. Mais par malchance, elle se fait poignarder et est dans l’incapacité de dévoiler son identité.

Priscille Ginette BANSE, auteure de l’œuvre ©Roméo Moov

La force de cette œuvre réside dans le fait qu’elle pointe du doigt un fait qui existe malheureusement sous nos cieux. Et mettre en première ligne des adolescents est une excellente idée, car ils sont plus vulnérables et susceptibles d’être des proies faciles. Aussi, l’auteure est à féliciter, car elle a su garder le rythme thriller de l’histoire. Elle a pour elle l’usage des verbes d’actions et de phrases courtes et dynamiques. Également, en parcourant l’œuvre, il ressort une maîtrise des intrigues, des fausses pistes qui permettent de s’y attacher. En effet, il était peu probable, que ceux que l’on suspectait dès le début soient en réalité les vrais trafiquants d’organes humains. De plus, dans l’épilogue l’auteure
sème encore le trouble. Dans cette partie, Sylvie se retrouve face à son bourreau. A l’opposé du film « Le retour vers le futur » de l’américain
Robert Zemeckis, l’adolescente est propulsée dans le passé. Seule dans le désert, elle est dans le collimateur du serpent venimeux. Cette histoire est-elle une spirale sans fin ? Une chose est certaine, à l’image des films d’horreurs, il n’y a aucun répit pour les rescapés, car l’assassin cherche toujours à éliminer les témoins, afin de supprimer les traces.

En revanche, des insuffisances sont à déplorer. En effet, la disparition mystérieuse à la page 25 du chauffeur des élèves. Il décide d’aller chercher une pièce en ville afin de réparer le car. C’est la dernière fois que l’on le voit et que l’on parle de lui. Il semble avoir été effacé de l’histoire. En outre, nous avons constaté des faits peu crédibles dans l’histoire ; cela impacte un peu la qualité de l’œuvre. Notamment, des adolescents loin de tous pendant des jours, qui ne tentent pas de joindre leurs proches ; et ces derniers qui ne cherchent pas à avoir des nouvelles de leurs enfants. La seule fois où les adolescents appellent leur famille, c’est pour demander de l’aide alors qu’ils n’ont plus aucun espoir de survivre dans ce lieu paradisiaque. Aussi, lorsqu’une partie des adolescents décide de retourner en ville après les premières disparitions, ceux qui décident de rester reprennent paisiblement le cours de leur vie. Ils ne sont ni préoccupés à chercher leurs amis disparus, ni à contacter. Aucune inquiétude de leur part n’est perceptible à ce niveau. Par exemple, Sylvie, à la page 39, décide d’aller se baigner aux environs de 5 heures du matin, seule dans les cascades et refuse même de se faire accompagner.

Nous dirons tout simplement, qu’en lisant «Du paradis à l’enfer », nous remarquons qu’il est accessible aux jeunes grâce au niveau de langue peu soutenu utilisé. Les personnages du livre font face aux mêmes problèmes que rencontre n’importe quel adolescent : les relations amoureuses compliquées, le désir de se faire accepter, le besoin viscéral de liberté, etc. Nous sommes donc certains que cette jeune cible en aura pour son compte et ne s’ennuiera pas en compagnie de cette œuvre.

Anaïs KERE (Burkina Faso)
Article paru dans le N°1 du Magazine NO’OCULTURES paru en Juillet 2020. Télécharger

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