"Plaidoirie pour vendre le Congo", caricature de la misère de l’Afrique

"Plaidoirie pour vendre le Congo", caricature de la misère de l’Afrique

www.noocultures.info – Le vendredi 07 janvier 2022 a connu l’avant dernière de la récente mise en scène majeure du dramaturge burkinabè Aristide Tarnagda « Plaidoirie pour vendre le Congo », un texte du jeune auteur congolais Sinzo Aanza. Si pendant deux heures trente minutes, les spectateurs ont ri des répliques à se fendre le thorax, le texte porté par douze comédiens dépeint la difficile situation des peuples africains.

Ke sa ko ?

Résumons la pièce. Des supporters d’un quartier populaire de Kinshasa ont été tués par l’armée alors qu’ils revenaient d’un match de foot. Les forces de l’ordre ont cru qu’il s’agissait d’une manifestation contre la hausse des prix ! Après cette bavure, le gouvernement provisoire tente de réparer le préjudice causé et décide d’indemniser les familles des victimes. C’est aux membres du comité de surveillance du quartier de déterminer le montant convenable pour chaque mort. Toutes les forces vives du quartier sont mises en contribution : que ce soit la sœur catholique, l’évangéliste, la femme d’affaire, le boucher, l’autorité, etc. La parole est dans le public.

Croque-morts

Dans « Plaidoirie pour vendre le Congo », c’est avec humour qu’on assiste au débat pour la fixation du montant d’indemnisation. Au-delà du deuil, de la douleur, de la révolte, on perçoit dans les échanges des idées abjectes. L’Etat a fixé à 30 dollars le prix d’un mort ,”30 dollars, le prix d’un mouton au Congo ?” s’indigne le boucher du quartier. 30 dollars, soit … 15 000 F CFA. La mort n’a-t-elle plus de valeur ? Est-elle désacralisée ? Au point où elle représente une opportunité pour certains ?

Pire, certaines propositions de dédommagement sont évaluées selon la catégorie sociale du regretté. Il serait même possible d’emprunter des cadavres voisins pour grossir le nombre… Pour 63 personnes innocentes mortes, on en est arrivé à banaliser la vie humaine. « Il n’y a jamais eu de pays, ce n’est que du business, et nous sommes le business de ces gens-là (l’Etat), prenons notre part du business et si on vendait le pays ? Et chacun aura sa part ! », a suggéré ironiquement le chanteur populaire du quartier endeuillé.

Pour le metteur en scène Aristide Tarnagda, « dans ce spectacle, la parole est donnée au peuple, le théâtre est le lieu du peuple, où celui-ci s’exprime, s’émancipe, et le lieu de l’enracinement de la révolte du peuple, de sa prise de conscience également ».

Après 5 jours de représentation à Ouagadougou au Théâtre des Récréâtrales, « Plaidoyer pour vendre le Congo » ira à la rencontre des publics de Lomé (Togo) et de Cotonou (Bénin).

Nadège NIKIEMA (Stagiaire) ©www.noocultures.info

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