Mohamed Lamine Camara : « Aujourd’hui, la Guinée approche la centaine de publications par an »

Mohamed Lamine Camara : « Aujourd’hui, la Guinée approche la centaine de publications par an »

www.noocultures.info – Alors que s’est ouverte à Conakry ce 23 avril, la 14e édition des 72 Heures du Livre, le Directeur délégué de la manifestation, Mohamed Lamine Gazza Camara revient sur certains éléments essentiels de ce salon désormais incontournable.      

 

Quelle est la portée du concept 72 heures du livre ?

Les 72 heures du livre, c’est le salon du livre de Conakry qui a été initié il y a quatorze ans, pour d’abord célébrer la Journée mondiale du livre et de la lecture, initiée par l’UNESCO. Comme à Conakry, il y a eu plusieurs temps de disette, c’est-à-dire sans la célébration de cette journée, alors nous nous sommes projetés de le faire sur trois jours. D’où les 72 heures du Livre. Le principal objectif, c’est de faire la promotion du livre et de la lecture. En 2009, on avait une dizaine de publications par an, aujourd’hui on approche la centaine. De plus en plus, le livre et la lecture sont présents dans le débat en Guinée. Et comme l’appétit vient en mangeant, le délégué général Sansy Kaba Diakité a pris pour objectif de faire de Conakry la capitale africaine du livre. Atteindre cet objectif nécessite plusieurs étapes.  D’abord avec les 72 heures du Livre, on a mobilisé tous les acteurs et professionnels du livre en Guinée afin de présenter notre candidature auprès de l’UNESCO pour devenir capitale mondiale du livre. C’est dans cette mouvance que les points de lectures ont été construits dans certains quartiers à Conakry, la bibliothèque nationale aussi. Depuis lors, on essaye d’avancer. Chaque année, cet évènement se tient. Il devient de plus en plus grand. Aujourd’hui en Guinée, il est devenu incontournable et il est de plus en plus remarquable en Afrique de l’Ouest et dans le monde. Vous constaterez que les invités viennent de partout.  Chaque année, on essaie de trouver une thématique spécifique qui est choisie par un comité scientifique en collaboration avec le comité d’organisation. Elle peut être en fonction de l’actualité nationale ou internationale. Les 72 heures se positionnent aussi pour résoudre les problématiques auxquelles nous faisons face. Parce que le livre aborde plusieurs dimensions. Cette occasion est aussi mise à profit pour créer des rencontres professionnelles, notamment de la Guinée et d’ailleurs afin de discuter sur la problématique du marché du livre.

Cette année, la thématique, « sauvegarde du patrimoine et paix sociale ». Quelle en est la pertinence ?

Sur le plan international tout ce qui est patrimoine prend de l’importance. Je vous ai vu il y a quelques semaines au Cameroun pour la même problématique. Si vous regardez l’actualité internationale, aujourd’hui on est en train de parler du retour du patrimoine africain qui a été spolié pendant les périodes d’esclavage et de colonialisme. C’est un fait important. Et on a remarqué qu’en Guinée, ça n’a pas été suffisamment évoqué. Quand on prend l’exemple des pays comme le Sénégal, le Bénin, la Côte d’Ivoire, on voit qu’ils sont suffisamment en avance par rapport à nous. Nous savons tous qu’en Guinée, on a des patrimoines très importants et qui font une part belle au niveau du marché international. Pour exemple, le Nimba (masque du peuple Baga, originaire de Basse-Guinée, ndlr) est présent dans tous les grands musées et a une grande valeur économique aujourd’hui en termes d’échange. La problématique n’est pas suffisamment évoquée. On ne sait même pas si l’Etat a fait le recensement du patrimoine guinéen qui se retrouve aujourd’hui dans les musées en Occident. Ailleurs, c’est fait. Au Sénégal, ils sont très en avance sur cet aspect, le Bénin également, je crois aussi le Cameroun. On a vu une grande expo à Paris au musée du Quai d’Orsay sur le patrimoine camerounais.

L’objectif, c’est de titiller pour que nous sachions où nous en sommes. Ensuite, nous sommes dans une période de transition, de réconciliation. On a 63 ans d’indépendance. Années difficiles que les Guinéens ont vécues et continuent de vivre. C’est pourquoi nous avons développé plusieurs sous-thèmes sur les questions de paix, de réconciliation nationale, le rôle du patrimoine national.

La 14e édition de 72 heures du Livre s’est ouverte officiellement ce 23 avril. Qu’est ce qui est prévu durant ces trois jours ?

En général, les 72 heures du Livre, ce sont des tables rondes, des conférences. Durant ces trois jours, il y aura de l’exposition, de la vente. Il y aura également des rencontres professionnelles. Il y a des ateliers prévus comme l’atelier d’écriture, l’atelier sur les questions des droits d’auteurs. Il y a l’agence littéraire Astier-Pécher qui est là pour essayer de travailler avec les auteurs guinéens sur les questions des droits d’auteurs, de la propriété intellectuelle, mais aussi comment apprivoiser le marché international. Il y a aussi un atelier pour les éditeurs, beaucoup de sensibilisation pour les jeunes. Parce qu’il faut les sensibiliser à la lecture.

Qu’est-ce qui justifie le choix de Dalaba comme ville invitée d’honneur ?

Chaque année, on met à l’honneur un pays qui vient nous présenter sa littérature et sa culture. Cette année le Maroc viendra faire cet exercice. Dalaba sera là également avec un magnifique stand. Une manière de valoriser les préfectures de notre pays. Depuis peu, on choisit une ville comme invitée d’honneur. Cette ville va présenter sa culture, son artisanat, sa littérature, ses traditions. Parce que la Guinée est un pays très diversifié. C’est une manière de mettre en orbite nos villes. Et quand on regarde le thème de cette année, Dalaba est une ville très riche en patrimoine, en histoire. Je pense que ça été un choix judicieux. L’objectif aussi c’est de faire un livre de promotion, un beau livre sur ces localités. On avait réussi à le faire avec Kankan et cette année, le comité d’organisation de Dalaba s’est mobilisé. Il essaie de mettre en exergue tout ce qui se fait de beau à Dalaba.

Vous êtes dans un secteur très méprisé, le livre. De même, la durée des festivals généralement en Afrique occidental est généralement de dix ans. Comment justifiez-vous que c’est plutôt après la 10e édition que les 72 heures du Livre commencent à avoir de la notoriété ? 

Je pense que cela relève de la vision de l’initiateur. Quand il démarrait ce projet, il savait déjà ce qu’il voulait faire. Il s’était fixé des objectifs par étapes. Il s’est dit qu’à dix ans déjà, après avoir fait suffisamment de promotion et développer le catalogue Guinée en général, nous pouvons aspirer à être capitale mondiale du livre. L’objectif étant non seulement de développer les infrastructures mais aussi de permettre d’étoffer les textes réglementaires pour faciliter la circulation. Donc après cela, on peut aller à une autre étape.

Quel soutien avez-vous de l’Etat guinéen pour l’organisation de ce salon du livre ?

On a d’abord le soutien institutionnel et de temps à autre, on a le soutien financier. Il faut reconnaître que l’Etat guinéen est le grand partenaire des 72 heures du Livre. Même si on estime que ce n’est pas suffisant, mais il fait un minimum pour que nous puissions encore tenir. Ensuite il y a quelques institutions internationales et entreprises guinéennes qui nous font confiance, ce qui fait que nous continuons d’exister et aller de l’avant.

©www.noocultures.info / Conakry / avril 2022

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