« Le sang de l'amour », le spectacle qui fait écho en Afrique

« Le sang de l'amour », le spectacle qui fait écho en Afrique

www.noocultures.info – C’est une adaptation théâtrale libre du livre de l’écrivain algérien Boualem Bezzaïd. Un véritable délice servi par Esther ADOUNSIBA, metteuse en scène béninoise et encadreuse de la session junior du Réseau Éducatif et de Promotion des Arts de la Culture et du Sport des Jeunes du Bénin REPAC-S-J Bénin . Joué par le CEG1 Ikpinlè dans l’après-midi de ce vendredi 12 juin, ce spectacle s’est rendu digne de figurer à la tête de la liste des nombreux spectacles que compte cette 17ème édition du Festival Itinérant des Lycées et Collèges du Bénin. Un festival de 72 heures abrité par l’espace Mayton situé à Abomey – Calavi, une commune du Bénin du 12 au 14 juin 2020.

Un trône royal emmitouflé dans une peau d’animal et placé au bon milieu d’un décor noir. En face d’un public hétérogène physique et virtuel. Les places étant limitées à cause de la pandémie liée à la Covid-19, les réseaux sociaux sont utilisés afin de faire suivre le spectacle à un grand nombre. Tous en cache-nez avec le respect de la distanciation sociale, on prend tout de suite contact avec la réalité.

Il s’agit d’un roi. Roi de Dahomey enveloppé dans la peau de panthère, un félin féroce orgueilleux à qui rien n’échappe. Caractéristiques intrinsèques du roi Tchamba dont le sourire répand la terreur et l’envie de faire gicler le sang. Sang de son peuple. Sa première parution sur scène, le corps tremblant, la voix infra-grave sous l’emprise de la vieillesse et surtout sa grande peine à se tenir debout sont synonymes de son état de santé dégradant.

Mais le roi n’est toujours pas prêt à céder le trône et met tout en œuvre à cet effet. A ses premiers mots, la distance entre le public et le podium se brise d’elle-même et des questions viennent à l’esprit.

Sommes-nous en face d’une réalité de nos sociétés ?

Le personnage Tchamba trouve sa symétrie en Afrique. Il se révèle comme prototype parfait de ses dirigeants. Les frasques du roi Tchamba en proie à son orgueil et son désir ardent de s’éterniser au pouvoir sont reflétés de différentes manières dans les sociétés africaines où seules
pleurs et lamentations garnissent le quotidien du peuple. Et l’on est davantage plus convaincu quand on transpose les spectacles dans le pays d’origine du livre.

En effet, le livre est né dans un pays gouverné pendant 29 ans par un seul dirigeant dont le système de gouvernance est fréquemment remis
en cause. Malgré son âge avancé et son état de santé inquiétant , il reste accroché au au pouvoir. Les soulèvements pour réclamer son départ
finissent souvent dans un bain de sang. Poussé à l’extrémité, ce peuple finira par réagir. Et, on pense encore à l’origine du livre qui fait office
de ce spectacle. À l’image de ce soulèvement du 12 avril 2019 sous la pression de la rue et de l’armée, la jeunesse incarnée par Kadji dans le spectacle finit par ramener le roi à la raison qui fait meaculpa et comprend que tout finit par finir et nul
ne peut s’éterniser au pouvoir.

Ce spectacle est également un appel. Un prétexte pour exhorter la jeunesse à se libérer de l’emprise de la paresse, de la fébrilité, de la désinvolture des vices sociaux et de s’armer de courage nourri par la force de l’amour. Un amour pour son sang. Le sang de son peuple afin de vaincre la force du mal et de prendre victorieusement son destin en main en contournant les frasques de leurs dirigeants.

« Le sang de l’amour », un spectacle qui vise à soigner les maux à l’aide de grandes leçons cachées derrière l’apparence des mots.

Une prestation électrique sous l’omniprésence de la musique

D’une rigueur exemplaire, le jeu des acteurs répand grièvement l’émotion des différentes situations. leur jeune expérience, ils développent une franchise scénique qui tord les nerfs du spectateur dans une pareille atmosphère. On aura vu un Roi qui s’impose par sa voix et effraie même les gardes. On en arrive à ce point où la frisson gagne les cœurs et les yeux se défendent pour ne pas laisser place à l’orage. De même que ces moments où la prononciation des mots donne la chair de poule. Tout ceci avec une immersion scénique assistée par la musique.

Tantôt électrique et furieuse pour prédisposer le public à la tragédie que dénotent les mots du roi Tchamba. D’ailleurs elle fut la première à reprendre les couleurs du spectacle dans un public qui se pose mille et une question devant un décor purement noir (dans la société africaine le noir envoie au deuil à la tristesse). Elle s’adoucit et dorlote les esprits pour annoncer l’amour et la bonne nouvelle.

La réussite aurait été parfaite si la mise en scène nous avait proposé des noms venant du royaume de Danhomey. On s’attendait à des personnages comme Migan, Vidaho, Kpanligan, etc.. Le nom des personnages du spectacle ne disent pratiquement rien dans le royaume de Danhomey. Tchamba, Kadji, le pire Yasmine un nom carrément européen.

Du haut de ses 17 ans d’existence, le Fithelycob a une fois encore montré de quoi il est capable avec une variété de thématiques qui s’impose
non seulement par l’originalité des sujets traités mais aussi par les jeux d’acteur. Des spectacles qui tiennent compte de la diversité linguistique et sociale. Le charme de cette 17 ème édition aura provoqué une délectation insatiable qui maintient le suspense pour la prochaine édition, pour découvrir d’autres merveilles.

Raoul Nana Donvide (Stagiaire/ Bénin)
Article produit dans le cadre de la 1ère session de la formation en critique d’art organisée par l’Agence Panafricaine d’Ingénierie Culturelle – APIC

 

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