L’art de la critique d’art

L’art de la  critique d’art

www.noocultures.info – Former des journalistes à la critique des arts : c’est le défi que s’est lancée l’Agence panafricaine d’ingénierie culturelle (APIC) dirigée par le journaliste Eustache Agboton, à travers son Programme NO’O CULTURES.

Il n’existe aucune école de formation des critiques d’art, ce métier de passion qui recrute aussi bien des journalistes que des artistes, des chercheurs et des curateurs. Nous limitant au domaine du journalisme, nous avons voulu former des critiques des arts dans des disciplines diverses  : cinéma, littérature, arts plastiques, théâtre, danse, musique, etc.

Le programme de formation est en cours depuis le 16 mars 2020 et est prévu pour 24 semaines (désormais prolongé avec des immersions des stagiaires sur des festivals).

En Afrique -subsaharienne du moins-, la critique journalistique des arts est encore embryonnaire. Elle manque d’assurance et peine à s’exprimer sur la scène panafricaine et mondiale. Elle continue à laisser le Nord évaluer les œuvres du Sud. Dans les médias, on rencontre plus de comptes rendus plats que de véritables critiques, les journalistes culturels se contentant d’effleurer les œuvres sans les déflorer. Pire, ils se laissent influencer par le sensationnel et l’éphémère des réseaux
sociaux, le waououh de fans et d’amis des artistes sur Facebook. La qualité d’une œuvre d’art se mesure maintenant au nombre de likes obtenus.

Les journalistes culturels sont tombés dans le piège de l’éloge facile et de la critique sans arguments. Par paresse, par incompétence et par manque de culture. Cela les dispense de l’effort d’analyse, d’interprétation et d’évaluation des œuvres d’art proposées au public, dont
ils sont pourtant les médiateurs. Les artistes continuent de créer, ils inventent le monde et s’adaptent à ses diverses mutations. Ils jettent des ponts entre les différentes fractures des peuples, ils résistent à l’effondrement. En face d’eux, Le vide critique se fait cruellement ressentir.

Pourtant, l’enjeu critique est énorme.

C’est la critique qui fait avancer la pratique artistique, c’est elle qui reste dans les archives quand les lumières facebookiennes se sont éteintes. Elle permet de souligner les forces et faiblesses d’un travail artistique, renvoie aux artistes le regard pertinent des autres sur leurs œuvres.

Pour le critique des cinémas d’Afrique Olivier Barlet dans «Les cinémas des années 2000» (L’Harmattan, 2012), «Ni juge ni avocat, le critique ne transmet ni un avis définitif, ni une vérité à gober, mais simplement une opinion. Il ne fait autorité que si ses arguments rendent critique son lecteur, car son but n’est pas de lui prendre la parole mais, à l’image d’un bon film, de la lui donner. En cela, il revendique son droit à l’erreur et invite à la critique de sa critique, celle-ci n’ayant pour objectif que d’ouvrir un débat ». La critique d’art est donc un art en soi. Une prise de position mais aussi une prise de risque.

Ce risque, nous l’avons pris en mettant sur pied un programme de formation des journalistes à la critique des arts. La formation s’est déroulée en deux phases.

La phase théorique a duré 10 semaines. J’ai eu l’honneur de l’animer en binôme avec le très respecté Alceny Barry,
critique d’art burkinabé. D’autres critiques nous ont accompagnés dans cette passionnante aventure : Alexie Tcheuyap, Lamine Ba, Claire Diao, Hurcyle Gnonhoue, Anne Bocande, Oumy Régina Sambou et Parfait Tabapsi.

Nous remercions vivement ces professionnels établis qui nous viennent de différents pays.

La formation, totalement en ligne, a été déclinée en plusieurs disciplines  : cinéma, littérature, arts plastiques, musique, danse, théâtre. Avec en plus des cours généraux sur la critique d’art proprement dite et la déontologie journalistique, etc. La passion seule ne suffit pas pour être un critique d’art. Nous avons donc donné aux participants des outils nécessaires pour comprendre les différentes disciplines artistiques. Nous les avons aidés à développer leur esprit critique et leurs aptitudes rédactionnelles. Nous les avons encouragés à exprimer leur opinion et à laisser libre cours à leur potentiel créatif.

La seconde phase de la formation, lancée en juin, est plus pratique. Des salles de rédaction virtuelles ont été créées selon les disciplines, elles sont encadrées par des coaches. Les participants ont eu le choix entre la classe
« Ciné et littérature », « arts visuels » et « arts du spectacle  ».

Le cadre ainsi créé, les stagiaires proposent des sujets et écrivent des critiques, sous l’encadrement des coaches. Une position que je partage avec Jérôme William Belélé Bationo du Burkina Faso, et Asma Drissi de la Tunisie. Tâche ardue mais ô combien passionnante !

Ils étaient 10 participants au départ, de plusieurs nationalités : Côte d’Ivoire, Bénin, Burkina Faso, Mali, Sénégal, Togo. Journalistes confirmés ou débutants, aucun d’eux n’avait jamais écrit une critique d’art. Comme dans toute aventure humaine, quelques-uns brillent par leur irrégularité du fait de leur manque d’assiduité.
D’autres ont baissé les bras plus loin. Les plus résistants franchissent avec nous la ligne d’arrivée. De ceux-là, nous éprouvons une fierté légitime.

Le chemin parcouru a été long, le travail abattu est immense, une nette évolution est visible dans leur travail. Beaucoup reste à faire, nous continuons à les accompagner dans ce sens. Car cette formation n’est pas terminée, elle suit son cours jusqu’à fin décembre, avec l’écriture de critiques encadrée par des coaches. Puis, l’apothéose sera une formation en présentiel au cours de la 1ère édition de la Semaine panafricaine de la critique d’art (SEPACA).

Initialement prévue du 20 au 26 juillet 2020, elle a été reportée en 2021 à cause de la Covid-19 et de ses conséquences fâcheuses sur les déplacements et les rassemblements.

Nos stagiaires ont écrit des textes que nous vous proposons dans ce dossier spécial. Ce sont là les premiers pas de critiques d’art en devenir.

Bonne lecture !
Et bonne critique des critiques !

Stéphanie DONGMO, journaliste, critique d’art ©www.noocultures.info

Texte publié dans le 1er numéro du e-mag NO’O CULTURES en introduction aux critiques des stagiaires de la 1ère session de la formation en critique d’art

Illustration : Eudoxi Gnoula présentant la pièce de théâtre “Legs suite” lors de la 11e édition du festival Rendez Vous Chez Nous, en février 2020 à Ouagadougou (Burkina Faso) ©FaskyRas

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