"Garderie nocturne" : bercer les enfants des filles de joie

"Garderie nocturne" : bercer les enfants des filles de joie

www.noocultures.info – Garderie nocturne est une production du cinéaste burkinabè, Moumouni « le chat » Sanou. Ce long métrage de 67 mn est le cinquième documentaire de l’auteur. Le film a été présenté à la 71e édition du prestigieux Festival international du film de Berlin. Il est encore sélectionné pour la 27e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO). Le réalisateur y aborde la question de la prostitution, le plus vieux métier du monde, qui suscite le courroux dans la société.

Dans le Roman Le carnet secret d’une fille de joie du Burkinabè Patrick G. Ilboudo, il en ressort que les pratiquantes de ce métier, à l’image de Fatou Zalm (personnage principal du roman) sont méprisées et marginalisées par la société. Comme s’il voulait appeler à plus d’indulgence à leur égard, le réalisateur a choisi d’aller au cœur du réel en plantant sa caméra dans l’espace d’exercice de ces dernières. Notamment à Bobo Dioulasso ! Et pendant que son objectif jette son dévolu sur son sujet, Ilboudo n’oublie pas non plus de s’intéresser à ces vieilles dames qui gardent chaque soir les enfants de ces prostituées. Parmi elles, Mama Coda qui en a fait un métier : à 4 heures du matin, au retour de ces mamans bien particulières, elle reçoit ses rémunérations. Le documentaire fouille ce mode de vie et étale toute la souffrance de ce petit monde, y compris cette misère que vivent les enfants dont certains n’ont que deux voire trois mois.

Affiche du film ©DR

À travers un plan serré, le cinéaste nous montre le salon bondé de la vielle dame qui multiplie les astuces pour contenir les humeurs de ces petits garçons et filles et qui pour beaucoup n’ont pas de « père ». Parfois, terrassée par le sommeil, elle s’affale sur une chaise, espérant que l’horloge tourne rapidement. Le documentaire raconte de temps à autre une douloureuse histoire comme celle de Charlotte qui est revenue de loin après avoir affronté la mort en face : quelqu’un a tenté de la décapiter, mais elle réussit à sauver sa peau. Cependant, elle en gardera une bien vilaine cicatrice autour du cou, après une longue période de soins qui ont prolongé d’un an le séjour de son enfant chez Mama Coda.

Les trois années de tournage de ce film ont créé une belle complicité entre le réalisateur et les acteurs tout en faisant sentir la chaleur des maquis sans bousculer les habitudes des uns et des autres. Des domiciles à la ‘’garderie’’ chez Maman Coda, en passant par les dortoirs et à ces sortes de domaines réservés de ces filles, le réalisateur promène sa caméra dans cette ville aux ruelles sombres dans lesquelles les travailleuses du sexe traquent leurs clients. Et parfois, l’on sent une vive émotion dans la voix de ces femmes quand ce n’est pas leur visage qui l’exprime. Surtout quand elles daignent raconter mille et une histoires avec les hommes d’un certain soir. De ces confidences fusent parfois des questions douloureuses, à savoir comment envisager l’avenir des enfants de ces femmes de nuit ? Quelles en seront les séquelles psychologiques pour eux ?

Ce documentaire réinvente un nouveau regard sur ces femmes et fait entrevoir un espoir de les voir conquérir leur véritable place dans la société. Les dernières scènes s’ouvrent et se referment sur une note festive marquée par du chant, des sonorités et de la chorégraphie.

Harouna SIMIAN (Burkina Faso) ©FACC / NO’O CULTURES
Article rédigé dans le cadre de l’Atelier FACC / NO’O CULTURES / FESPACO 2021.
Atelier de formation en critique cinématographique et de production de contenus sur les cinémas africains, organisé à l’occasion de la 27è édition du FESPACO par la Fédération Africaine de la Critique Cinématographique (FACC) en collaboration avec le Programme NO’O CULTURES

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