FASOTOPIA 2075 : nourrir l’imagination collective burkinabè

FASOTOPIA 2075 : nourrir l’imagination collective burkinabè

BURKINA FASO – Des artistes et citoyens ont fait le pari d’imaginer le Burkina Faso en 2075. Leurs œuvres font l’objet d’une exposition dénommée FASOTOPIA 2075 dont le vernissage a eu lieu le 17 novembre 2022 à l’espace culturel Gambidi à Ouagadougou au Burkina Faso.

La référence à « Afrotopia » (essai, 2016, Éditions Philippe Rey), le célèbre ouvrage du Sénégalais Felwine Sarr est assumée. Tout comme l’écrivain, l’exposition « FASOTOPIA 2075 » s’interroge sur le futur, mais cette fois à l’échelle nationale du Burkina Faso. Avec optimisme. Mais comment rester optimiste pour le futur d’un pays en proie au terrorisme ? En cela, l’exposition déjoue les pronostics, se réapproprie l’histoire du pays et invente un futur glorieux. « A condition de trouver notre propre voie, de créer notre propre modèle. Comme le dit si bien Aimé Césaire « C’est une nouvelle mystique, une nouvelle ambition, une nouvelle utopie transformatrice…. », confie le critique d’art Alceny Bary, un des curateurs de l’exposition.

Présentée sous des tentes fermées, l’exposition propose au visiteur un itinéraire inédit de découverte non seulement des talents des artistes mais aussi des touches d’anonymes sur leur perception du Burkina Faso, dans 33 ans. Le sculpteur Moussa Sawadogo alias Mouss Black ouvre le bal avec des sculptures qui questionnent le passé pour se projeter dans le futur. Intitulée « La maison ambigue », l’installation de l’artiste dépeint la situation actuelle du pays, notamment l’abandon du patrimoine culturel. Il insiste sur la nécessité de redéfinir les priorités du pays et d’aller vers l’autosuffisance alimentaire.

Les curateurs de l’exposition. (A partir du 1er plan) Toussaint DOSSA. Claude Kira GUINGANE. Saidou Alceny BARRY. Mariam SOUGUE ©noocultures

Comme pour lui répondre, la prochaine étape de l’exposition donne la parole à une vingtaine d’enfants afin de définir le futur de leur rêve. « La maison enchantée » est une suite de dessins proposée par des écoliers d’une dizaine d’âge. Par ici, un métro dans la ville de Ouagadougou ; par là des bâtiments avec des verdures sur le toit. « Les enfants ont rêvé grand. Même si la démarche n’a pas été facile avec eux, c’était important de leur donner la parole », explique Claude Kira Guingané du collège de curateurs. Outre les enfants, une installation vidéo diffuse des témoignages de citoyens lambda ayant fait le même exercice : décrire le futur dont ils rêvent pour le pays.

Oser inventer l’avenir

L’utopie dont font preuve la plupart des installations contraste fortement avec la situation du pays. Mais les artistes en sont conscients. « On ne peut se laisser aller au fatalisme. Il revient à chacun de rêver, de croire en ses rêves et surtout de poser les actes pour qu’ils s’accomplissent. Ce que proposent les artistes, c’est d’ouvrir le champ des possibles. Mais c’est à chacun de faire ce qu’il faut », rassure Alceny Barry.

« Osez inventer l’avenir » comme l’affirmait le Capitaine Thomas Sankara. Cette situation, comme une dizaine d’autres de célèbres auteurs ou pas, fait partie de la dernière étape de l’exposition. A cette étape, des installations vidéos montrent des plans d’urbanisation de la ville de Ouagadougou, proposés par l’architecte Léandre Guigma. Mais l’œuvre qui retient l’attention, c’est le portrait de la future présidente du pays, Son Excellence  Madame Dicko Lobbo, une jeune femme photographiée par Ibrahim Passeré. Il ne fait aucun doute pour les artistes exposant que le futur du pays est prioritairement dans les mains des enfants et des femmes.

Mais cet avenir reste à inventer. Et la situation décrite par les comédiennes Djigui Titi Ouattara et Fatoumata Tata Drame, avant l’ouverture de l’exposition, le rappelle aisément. Tout le monde est coupable et il revient à chacun de prendre ses responsabilités. Le futur rêvé est à ce prix.

 

Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info

 

FASOTOPIA 2075 (Dans le cadre du projet PINAL (“Éveil”, en fulfuldé) du Geothe-Institut Burkina Faso)
Du 17 novembre au 31 décembre 2022
Espace Culturel Gambidi

Photographe : Boureima PASSERE
Comédiennes : Djigui Titi OUATTARA & Fatoumata Tata DRAME
Vidéaste : Gaël MAVAMBU
Écrivaine : Sophie Heidi KAM
Sculpteur : Moussa SAWADOGO dit Mouss Black
Architecte : Léandre GUIGMA
Expert en TIC : Dian DIALLO

Curateurs / Curatrice : 
Saidou Alceny BARRY
Claude Kira GUINGANE
Mariam SOUGUE
Toussaint DOSSA

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