Derrière le rideau de Marcel Gbeffa : dans le nid de la création chorégraphique

Derrière le rideau de Marcel Gbeffa : dans le nid de la création chorégraphique

www.noocultures.info – Quelles sont les réalités qui se cachent derrière le rideau d’un spectacle ? Comment es-ce que le chorégraphe vit et surmonte les imprévus de scène face à un public non averti ? Voici tant de questions auxquelles Marcel Gbeffa, chorégraphe béninois et codirecteur avec la chorégraphe Rachelle Agbossou du centre de danse Multicorps à Cotonou ( Bénin) a tenté de répondre à travers sa première création chorégraphique solo Derrière le rideau. Lauréat de visa de création 2013 et Lauréat de Coup de pouce, le danseur a créé cette pièce entre le centre de développement chorégraphique La Termitière à Ouagadougou et le centre chorégraphique National d’Aix en Provence.

Une  danse qui  met à nu les réalités d’avant spectacle. Et exige une persévérance face aux différentes difficultés que génère la création chorégraphique. Sous l’affection de la musique et  une lumière de coulisse marquée par un éclairage de salle non intégré, les pas du danseur s’enchaînent avec un mouvement du corps qui s’inscrit dans  une afféterie singulière. Les mêmes mouvements se répètent donnant l’impression d’être en face d’une personne qui s’escrime à maîtriser une action, un acteur qui  prépare tant bien que mal un spectacle. Il en arrive des moments où la dense vire dans de la pure mélancolie et dénote ainsi la souffrance,  ici,  les difficultés techniques, émotionnelles et même organisationnelles que rencontrent l’artiste avant de venir sur scène.

Derrière le rideau, c’est une danse qui intègre le public dans la tête de l’artiste, dans ses ressentis et surtout les  souffrances qu’impliquent  la création chorégraphique. La pièce veut  exprimer  la souffrance intérieure du chorégraphe entre rêves et réalité.

La musique qui abandonne le chorégraphe en plein spectacle, la panique qu’exprime son corps en disent mieux.

C’est également une pièce qui sollicite la sympathie du public. Elle souhaite prendre le public comme complice et témoin de ses peurs, de ses challenges, de ses désirs et  des liens qui l’unissent à son oeuvre. Une création chorégraphique fait appel à  une implication personnelle sans limite du chorégraphe. Il donne à voir à son public les liens qui font de lui la personne et le chorégraphe qu’il est. C’est pour cela que le danseur n’a pas baissé les bras malgré ses chutes à répétition, il s’échine. Il se donne corps et âme, pour un résultats meilleure. Il surpasse toutes les difficultés que cela implique, reste vigilant aux imprévus et continue même si la musique l’abandonne afin de terminer le spectacle sous l’ovation du public.

La  bonne  occupation de l’espace et la franchise scénique que regorgent cette danse sont la preuve tangible du professionnalisme qui anime Marcel Gbeffa et du profond lien d’amour ainsi que la passion qui le lient à ses créations sans oublier le véritable travail qui été fait en amont.  Chaque mouvement est précédé d’énormes  soins et de symboles rendant transparentes les intentions qui se cachent derrière cette danse et  créant une harmonie entre l’intention et la gestuelle. Laquelle harmonie rend la danse limpide et digeste nous laissant dans un appétit permanent.

Raoul Nana Donvide (Stagiaire) ©www.noocultures.info

Article produit dans le cadre de la 1ère session de la formation en critique d’art organisée par l’Agence Panafricaine d’Ingénierie Culturelle – APIC

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