Dafra de Inoussa Kaboré ou le Retour aux sources

Dafra de Inoussa Kaboré ou le Retour aux sources

www.noocultures.info – Série télé de 26 mn par épisode, Dafra est une comédie à la fois romantique et dramatique réalisée en mars 2021 par le réalisateur burkinabè Inoussa Kaboré. Ce film nous emmène dans le quotidien de deux jeunes adolescents. Quand le seul moyen de vivre le présent est de recourir au passé, n’est-ce pas là un retour aux sources ?

Fabrice, un adolescent de 18 ans qui rêve de devenir président réussit à son baccalauréat. Il passe les vacances chez son oncle où il rencontre Leylah. Les deux adolescents tombent follement amoureux et veulent vivre cet amour en toute liberté. Un amour qui sera mis à rude épreuve quand Fabrice découvre qu’il est lié au fétiche « Dafra » par un pacte qu’ont fait ses parents avant sa naissance. Fabrice doit relever alors le défi du parcours initiatique imposé par la coutume afin de retrouver le bonheur auprès de sa bien-aimée.

Une soirée mouvementée, de l’alcool, de la bonne musique, nous tombons dans l’univers des adolescents. A la soirée d’arrosage de Fabrice, sa petite amie Leylah a du retard. Son cousin, Tony lui conseille d’ouvrir le bal avec une autre fille et c’est le début de 26 mn de fou rire en compagnie de Fabrice et ses amis.

Pourtant ce n’est pas l’unique but du réalisateur. En effet, avant même de décrypter le film, le titre nous interpelle. Dafra est le nom d’une mare aux poissons sacrés, mais aussi d’un fétiche existant dans la partie Ouest du Burkina.

A travers ce film, le réalisateur burkinabè Inoussa Kaboré nous interpelle sur la valeur de nos coutumes. Fabrice va devoir accepter ses origines, apprendre et prouver qu’il est digne des secrets de ses ancêtres, avant de pouvoir vivre pleinement son bonheur. Le réalisateur tente de nous faire comprendre non seulement que toutes les coutumes africaines ne sont pas abominables en soi, mais aussi que nous avons besoin parfois de repartir dans le passé pour régler certains problèmes du présent comme le dit un proverbe africain « pour savoir où tu vas, il faut savoir d’où tu viens ».

Une comédie qui interpelle les consciences

A travers leurs vécus, le réalisateur aborde plusieurs maux qui minent la société burkinabè et peut-être même d’autres sociétés africaines. L’incivisme est le mal dominant dans cette comédie dramatique. Entre l’alcool, les bagarres, le non-respect des règles de conduite, tout est mis en œuvre pour toucher notre conscience.

Inoussa Kaboré sur le plateau de Savane TV

La force de ce film réside certainement dans son scénario mais aussi dans les personnages. On ne se lasse pas des bêtises de Tony, le cousin de Fabrice, qui est certainement la pierre angulaire de ce film.

Au-delà des difficultés rencontrées dans le développement du projet de cette série, perceptibles à travers certains détails techniques (certains plans fixes où l’on sent la caméra bougée), Inoussa Kaboré est un réalisateur talentueux qui a su braver les obstacles liées à la production de cette œuvre filmique qui a le mérite de révéler le talent de plusieurs acteurs : Amiratou Kaboré, Lionel Tientga, entre autres.

Titulaire d’un diplôme d’ingénieur des travaux audiovisuels, option création cinématographique, Inoussa Kaboré poursuivit sa formation en écriture et réalisation de films documentaires de création à la FEMIS en France.  Il est auteur et réalisateur d’une dizaine films de fiction dont « Le Linge sale », 1er prix Graine de Baobab, mention spéciale du jury Droits Humains au Fespaco 2011 et sélection officielle au festival Vue d’Afrique 2009 au Canada et « Femme de feu » 1er prix Cractour 2016 (Trésor du Faso) au Burkina Faso. Scénariste de « La république des corrompus », sélection officielle panorama au Fespaco 2019, il est co-auteur du documentaire, intitulé « Espoir Démocratie », prix spécial du jury Escales Documentaires 2017 au Gabon. Ce réalisateur est également auteur de plusieurs séries dont « La Famille démocratique » et « Entre nos murs » qui est diffusée en ce moment sur 3TV et la RTB (Burkina Faso). Il travaille en ce moment sur sa nouvelle série intitulée « Dafra » qui est en compétition au Fespaco et un long métrage qui sortira fin 2021.

 

Sita Paré (Burkina Faso) ©FACC / NO’O CULTURES
Article rédigé dans le cadre de l’Atelier FACC / NO’O CULTURES / FESPACO 2021.
Atelier de formation en critique cinématographique et de production de contenus sur les cinémas africains, organisé à l’occasion de la 27è édition du FESPACO par la Fédération Africaine de la Critique Cinématographique (FACC) en collaboration avec le Programme NO’O CULTURES

laissez un commentaire

Envoyer un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.