Cameroun / Interview : Basseek Fils Miséricorde, humoriste engagé et célébré

Cameroun / Interview : Basseek Fils Miséricorde, humoriste engagé et célébré

www.noocultures.info – Nlôm kop a wo bé ngi publa – Le coq se débat toujours quand il est égorgé (basaá, langue bantou du Cameroun). Quand il est question de savoir les proverbes du Cameroun qu’il affectionne, celui-ci revient souvent. Peut-être parce que tout au long de sa carrière, Basseek Fils Miséricorde n’a jamais arrêté de se battre pour sa notoriété. Créateur de la compagnie humoristique Noctiluk, il figurait parmi les cinq meilleurs humoristes africains de l’année 2014, dans un classement du comité des Grands Prix Afrique du théâtre francophone. En 2015, il a été finaliste du concours Jokenation by Montreux Comedy avant d’être désigné comme le premier lauréat du Prix RFI Talents du rire, créé la même année. 

www.noocultures.info : Vous êtes le tout premier lauréat de « Talents du Rire », concours lancé par RFI en 2015. 4 ans plus tard, que devient le Prix RFI Talents du Rire ?

Basseek Fils Miséricorde : Je reste le même, accroché à mon travail et à mes ambitions. Le prix RFI est jusqu’ici la plus grosse reconnaissance que j’ai eue dans ma carrière d’humoriste. Cependant, je voudrais le considérer non comme un acquis mais plutôt comme une motivation devant me conduire vers le plus difficile.  Il constitue à mon avis la première marche de l’immense escalier que je dois grimper. Alors bonjour le travail, l’endurance et surtout la patience.

Votre parcours vous prédestinait-il à ce sacre?

Je ne voudrais pas être prétentieux. Cependant, en regardant les critères du concours et l’esthétique humoristique qui est mienne, j’ose croire que je rentrais en droite ligne avec les exigences de celui-ci. Par conséquent, je peux répondre par l’affirmative à votre question.

Qu’est-ce qui, à votre avis, vous rend différent des autres humoristes?

Je ne peux pas être juge et partie en même temps. La seule chose que je sais, c’est que je travaille sur des thématiques universelles, ce que beaucoup de mes pairs ne font pas, certains travaillent plutôt localement. J’utilise le registre de langue soutenue alors que beaucoup de mes confrères travaillent avec le style populaire.

Votre sacre peut-il être considéré comme l’élément qu’il fallait aux jeunes humoristes camerounais afin qu’ils croient davantage en cet art ?

Oui je crois. Cela a énormément boosté la production humoristique camerounaise, ils ont compris qu’on peut franchir les barrières de l’impossible. La considération même de cet art a été prise en compte par bon nombre d’entre eux.

Je suis taxé d’humoriste engagé, j’ignore pourquoi!

Ce  sacre vous a-t-il ouvert davantage les portes de l’extérieur ? Quels espaces vous ont accueilli et quelles était la réaction du public qui vous découvrait alors ?

Le prix RFI Talents du Rire bien qu’il soit le pendant de RFI Découverte musique n’a pas la même nomenclature que ce dernier. Les partenaires ne sont pas les mêmes. Donc il n’existe pas de contrat de tournée comme c’est le cas dans la musique. Vous recevez une bourse de 4000 euros qui vous permettra de vous faire connaitre dans votre pays. Maintenant, reste à votre carnet d’adresses de faire le reste. J’ai eu la chance de mon côté de jouer dans de prestigieux événements Le Masa et d’autres festivals tels que le festival du rire Bone Nané du promoteur Salif Sanfo à Ouagadougou qui m’a valu un ouistiti d’or.

Quelles sont les principales difficultés que rencontre un humoriste comme vous ?

D’abord la censure, une censure latente puisque je suis taxé d’humoriste engagé, j’ignore pourquoi!

Ensuite  il existe une politique de clans érigée par certains organisateurs d’événements qui privilégient la popularité de certains au détriment du talent de beaucoup d’autres. Ceci s’explique par le fait que vous rencontrerez toujours les mêmes humoristes dans la quasi totalité des festivals. Vous comprendrez que ce n’est pas seulement en politique qu’il y a confiscation du pouvoir. En fait, il n’existe pas une réelle promotion des événements du rire, c’est plutôt les réseaux d’amis, le copinage, le cooptage, bref les affinités.

On vous a vu prester sur la scène du Parlement du Rire. Diriez-vous que pour un humoriste africain, passer sur cette émission est le ligne de la réussite de sa carrière ?

Il ne faut sous aucun prétexte négliger un événement relativement à votre carrière. Une simple prestation dans une cérémonie de mariage peut impacter votre carrière. Le Parlement du Rire est une plate forme comme beaucoup d’autres. Notons déjà que c’est un programme de télévision avec des codes bien précis au niveau du jeu. Ce n’est pas un festival du rire. La rigueur dans le processus de sélection des candidats qui y vont rime avec sérieux. Cependant, je connais de très bons humoristes africains qui n’y sont jamais passés mais dont le talent ne fait l’ombre d’aucun doute. Donc le parlement est une plate forme comme beaucoup d’autres. Vous pouvez y passer et réussir ou pas. Tout dépend de Dieu!

On n’est pas toujours sûr de la vanne qui va marcher.

En préparant vos spectacles, comment savez-vous ce qui va accrocher votre public ?

On n’est pas toujours sûr de la vanne qui va marcher. L’humour est paradoxal, Ce qui fait rire ici, ne fait forcément pas rire là-bas. Cependant, je fais lire mes textes à mes élèves, aux membres de ma famille, à certains de mes collègues avant de monter sur scène.

Il est loisible de remarquer qu’une nouvelle génération d’humoristes émerge. Quelles sont vos relations avec eux et comment les préparez vous à reprendre le flambeau ?

Il est tout à fait normal que des jeunes émergent, c’est la marque de l’évolution. Mes rapports avec les jeunes sont beaucoup plus en termes de partage de mon expérience, des conseils. La carrière c’est comme le mouvement de rotation de la terre. Elle passe par une zone d’ombre ce qui traduit les nuits et par une zone éclairée ce qui traduit les journées. Donc vous ne pouvez pas faire l’objet d’éclat toute une vie, il faut simplement savoir revenir aux affaires par le biais du travail. Je suis en train de me préparer à rebondir, je prends des cours de guitare pour donner à mes spectacles désormais des saveurs acoustiques humoristiques. Dans le même sens je suis à la recherche d’un bon manager, parce que cela nous manque énormément en Afrique

L’humour fait-il vivre au Cameroun et en Afrique ?

Oui. Bien que tout le monde ne puisse pas en jouir de la même manière. Il y en a qui sont plus sollicités que d’autres.

Propos recueillis par André Fidèle MEKINDA ©www.noocultures.info

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1 Comment

  1. Jolie article très bien ficelé et inspirant en plus de cela merci à toi André de nous faire découvrir les talents de chez nous

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