"Cabascabo" d’Oumarou Ganda : Un appel à la prise de conscience

"Cabascabo" d’Oumarou Ganda : Un appel à la prise de conscience

www.noocultures.info – Le moyen métrage “Cabascabo” du réalisateur nigérien Oumarou Ganda sorti en 1969 interpelle sur la nécessité de renoncer à la pauvreté, en travaillant.

Le film Cabascabo du nigérien Oumarou Ganda sorti en 1969 est une comédie en noir et blanc parlé en Djerma et sous-titré en français. Il est écrit, réalisé et interprété par Oumarou Ganda. L’histoire relatée en 45 min s’inspire de la vie du réalisateur, un ancien tirailleur qui, en 1951, rejoint le corps expéditionnaire français en Indochine à l’âge de 16 ans. Le personnage Cabascabo dans le film est un jeune soldat nigérien qui après avoir combattu aux côtés de l’armée française en Indochine est de retour dans son pays, le Niger. Mais une fois à Niamey, il dilapide tout son bien. Sans argent, il est malheureux et décide d’avoir recourt aux activités champêtres comme ses pères afin d’être à l’abri du besoin.

Le film est instructif. Le réalisateur dans sa vision du cinéma (instrument de prise de conscience et d’éducation), appelle à l’éveil des consciences à travers son moyen métrage. Cela est observable dans les dernières minutes du film avec la décision de Cabascabo de changer de vie et de s’adonner aux activités agricoles. Les mouvements de la camera le suivant à la 43ème minute montre sa détermination à quitter la misère. Et les actes qui suivent l’expliquent bien. On a par exemple le dialogue avec sa mère dans la cour de la concession familiale.

L’histoire est construite à travers des flash-backs qui présentent trois situations. Dans son état de misère, Cabascabo se souvient en premier de la guerre en Indochine, en deuxième de son retour à Niamey et de la façon dont il a dilapidé son bien. Le troisième aspect n’est plus un souvenir. Le jeune homme revient en lui. Cette partie marque son engagement à rectifier ses erreurs du passé. Il cherche du travail ou à travailler la terre. Chaque partie touche différentes thématiques. Le cinéphile découvre d’abord l’amour et l’attachement qu’a cet acteur principal du film (Cabascabo) pour son pays d’origine. Ensuite vient le moment des réjouissances où le bien est gaspillé, la misère engendrée et enfin de la prise de conscience et l’engagement moral à changer.

Le film est à la fois comique et triste. Comique à travers des blagues (4ème min), de la bonne ambiance qui se dégage autour d’une bouteille de bière dans une buvette ; à travers la musique dansante et honorifique (jouée par le griot et un groupe de musicien), les belles de nuits etc. Les gros plans de la caméra dévoilent les émotions des comédiens selon les circonstances. Si c’est la joie ou la détresse, des émotions sont perceptibles sur les traits de visages, la gestuelle et les costumes. Les plans d’ensemble situent les endroits où les scènes se déroulent. Le tout dans des décors naturels (le marché, les rues de quartiers insalubres). Le décor change d’une situation à une autre. La lumière la plus utilisée pour illuminée l’espace est celle du jour.

Les émotions dominantes sont la joie et la tristesse. La joie marche avec la richesse et la tristesse avec la pauvreté. Le sentiment de détermination et d’engagement bien qu’étant des aspects non négligeables sont de courte durée. Ils sont placés à la fin du film peut-être pour entrevoir une continuité dans l’action de Cabascabo qui s’envole vers de nouveaux horizons (lui s’avançant sur un chemin sans fin). Et peut-être aussi parce qu’on ne prend en réalité un engagement qu’une fois. .

Concernant les moments de tristesse, ils surviennent quelques temps avant la prise de conscience. Précisément au moment de la ruine dont les causes sont en réalité le nœud du film. Cabascabo est triste et c’est le résultat de son insouciance. Comme tout africain revenant des continents étrangers, le jeune homme a des avoirs et se vante. Il se croit supérieure aux autres grâce à son argent qu’il n’hésite pas à gaspiller pour faire bonne impression. Il s’offre une vie au-delà de ses moyens. Mais comment comprendre cette attitude ? Est-ce l’hospitalité des sociétés africaines qui le poussent à agir ainsi, à être généreux, à se mettre dans un inconfort total au profit de l’autre, à dépenser sans compter et sans se soucier du lendemain ? Pire, à chômer et à être dans l’incapacité de conserver un emploi.

Du moins, le film d’Oumarou Ganda est éducatif. Il peut être conseillé de le regarder car il incite à lutter contre la paresse, la fainéantise et la pauvreté. Il appelle à une prise de conscience et invite à revenir à la source quand tout va mal. A espérer à un avenir meilleur. Ce qui rappelle un moment de la vie du réalisateur lorsqu’après avoir combattu en Indochine, commence sa carrière dans le cinéma en immigrant en Côte d’ivoire en 1958. Il joue en tant qu’acteur pour la première fois dans le film « Moi Noir » (Jean Rouch, France, 1959). Un film sur les émigrés ghanéo-nigerien…

Le réalisateur prend deux extrémités. D’un côté la richesse et de l’autre la pauvreté. Il met en scène un homme dans ces deux dimensions et montre les actions qu’il pose. Le bon jeu d’acteur facilite la compréhension. Le film exhorte à la sagesse, à l’intelligence. Le cinéaste nigérien interpelle au travail, à l’effort soutenu après une chute. Il appelle à prendre conscience de ses erreurs et se tourner vers de nouveaux défis.

Tatiana NGNOMBOUOWO KUESSIE (Cameroun) ©Tous droits réservés
Article rédigé dans le cadre de l’atelier virtuel de formation en critique cinématographique organisé en prélude à la 27è édition du FESPACO par la Fédération Africaine de la Critique Cinématographique (FACC) en collaboration avec le Programme NO’O CULTURES

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