Burkina Faso : L’art, « un excellent moyen pour bâtir le citoyen de demain »

Burkina Faso : L’art, « un excellent moyen pour bâtir le citoyen de demain »

www.noocultures.info – Administrateur du Festival des arts de rue « Rendez Vous Chez Nous » qui se tient chaque année depuis dix ans au Burkina Faso, Marcel Ouedraogo revient, dans cette interview sur les actions entreprises par le Collectif ACMUR (organisateur du festival) en direction des enfants. A l’occasion, il jette un regard sur les bénéfices d’une telle démarche pour les enfants et pour le pays.

Comme à chaque édition du Festival Rendez Vous Chez Nous, vous avez organisé pour la 10è édition cette année, des actions en faveur des enfants de certaines localités du pays. En quoi ont consisté ces actions ?

Nous avons développé cette année trois projets en direction des enfants. Il s’agit du concours autour des spectacles qui ont programmé dans les écoles de Komsilga et de Gounghin durant le festival en février. Les enfants sont mobilisés et invités à suivre les spectacles programmés dans leur école. Chaque représentation fait l’objet d’une discussion entre eux et les comédiens. Dans un délai établi, ils doivent proposer un texte ou un dessin qui rend compte de leur compréhension du spectacle de leur choix. Les meilleures propositions sont alors retenues.

Marcel Ouedraogo, administrateur du festival Rendez Vous Chez Nous lors d’une réunion de l’équipe à Ouagadougou ©DR

Ensuite, nous avons développé avec eux le projet « Humains en état de marche » qui a connu l’intervention de Jérôme Boyer. Sous sa direction, les enfants ont pris la parole à travers des messages inscrits sur des pancartes. Ils ont ainsi défilé durant la parade de lancement de la 10è édition du festival, mais aussi à la cérémonie d’ouverture. Des mots comme « Rêver », « Résister », « Aimer » ou « Mobiliser » ont été montrés.

Enfin, nous avons mené des actions de médiation et de formation qui ont amené les écoliers à produire des fresques murales sur les murs de leur établissement. Cela avec la complicité des encadreurs mais la créativité des enfants a été mise en jeu pour toujours leur donner la parole, qu’ils s’expriment. Tous ces projets se sont déroulés dans des écoles à Ouagadougou, Komsilga, Bobo Dioulasso et Dori.

En quoi, intervenir auprès des enfants rejoint-il les objectifs du festival Rendez Vous Chez Nous ?

En tout. C’est justement l’une des raisons d’être du festival. Nous avons fait cette option depuis la 1ère édition. Et nous sommes heureux que l’expérience se poursuive malgré les difficultés. La majorité des acteurs culturels aujourd’hui sont passés par là. Car il est évident que ces genres d’actions permettent d’éveiller et d’entretenir la fibre artistique chez eux.

Les spectacles programmés par exemple dans ces écoles sont choisis par rapport aux messages qu’ils véhiculent. Car ce sont d’excellentes occasions pour sensibiliser les enfants. Ainsi, cette année, en accord avec le thème de 10è édition du festival, « Mobiliser pour le dialogue et la résilience », les spectacles programmés portent sur le vivre ensemble, le dialogue culturel, l’unité nationale, etc.

Dans les écoles de Komsilga et à Bobo Dioulasso, nous avons abordé les thèmes liés aux droits des enfants. A Dori, en plus du droit, nous avons fait la médiation sur le mariage forcé dans la droite ligne de la campagne Ne m’appelez pas madame développée par l’Unicef au Burkina Faso. C’est le lieu d’ailleurs pour nous de reconnaitre l’importance du soutien à nous accordé cette année par cette institution et qui nous a permis d’atteindre nos objectifs plus que par le passé.

N’est-il pas de plus en plus difficile de faire ces interventions dans le contexte sécuritaire actuel du Burkina Faso ?

Le contexte, tout le monde le connait. Mais si les artistes et médiateurs culturels que nous sommes, ne le faisons pas, c’est que nous aurions démissionné. Ces différentes interventions, nous les faisons avec d’abord la satisfaction de contribuer à forger le citoyen de demain. Nous aidons à bâtir le Burkina Faso de nos vœux. Nous avons été dans des écoles où notre passage a permis de mettre le doigt sur des situations qui couvaient. Et, avec l’aide de l’art, nous avons pu en discuter avec les protagonistes.

Nous voyons l’avenir. Ces enfants, quelque soit leur zone d’habitation et leur situation, ont besoin aussi de développer leur créativité et de profiter pour apprendre sur la vie. Cette année, nous avons impacté des milliers d’enfants. Et les retours sont positifs.

D’ailleurs, nous allons continuer sur cette lancée pour la 11è édition en mettant en place des programmations spécifiques pour les enfants, en allant davantage vers eux. Il s’agit de les écouter, de les laisser s’exprimer. Et l’art est un excellent moyen de le faire.

Propos recueillis par Eustache AGBOTON ©www.noocultures.info

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