Freda de Géssica Généus: la résilience d’une jeune Haïtienne

Freda de Géssica Généus: la résilience d’une jeune Haïtienne

www.noocultures.info – Pour son premier long métrage, la réalisatrice Haïtienne Géssica Généus nous fait voyager à travers les réalités de Port-au-Prince, la capitale de son pays. Sélectionné au 74e Festival de Cannes et dans d’autres rendez-vous du cinéma, « Freda » a remporté l’étalon d’argent au Fespaco 2021. Le film a été projeté à l’institut français de Ouagadougou les  16-17 et 19  février 2022.

Freda, la sonorité de ce prénom est proche de “free day” (jour de liberté en anglais). Freda, le personnage vit avec sa mère très pieuse et sa sœur aînée insouciante. Elle rêve d’une vie meilleure en Haïti. Elle compte sur ses études pour y arriver. Le jour de la fête des morts dans le pays est marqué par un drame : un homme est abattu devant la petite épicerie que tient sa mère. Freda ne supporte pas l’usage du français qu’elle considère comme la langue du colon dans les services publics nationaux au détriment du créole haïtien. Il y a son petit ami Yeshua qui voudrait aménager avec elle à Saint-Domingue. Si Freda hésite, Esther, sa grande sœur, quant à elle, a cédé aux promesses d’un jeune et riche sénateur.

Dans la famille de Freda, chaque membre a son caractère : la mère Janette est autoritaire et matérialiste, la sœur (Esther) est vénale et le frère (Moïse) est opportuniste. Freda semble être la seule qui a les pieds sur terre.

Janette incarne l’image de la femme blessée, meurtrie qui a subi une injustice, mais qui malgré tout, tente de se reconstruire. Son petit fond de commerce ne lui permet pas de nourrir ses rêves. Elle nourrit l’envie de voir son unique garçon Moïse partir en Europe. Janette va jusqu’à se servir de sa fille Esther au teint métissé comme une porte de sortie de sa galère. Esther est née à la suite d’un viol dont la mère a été victime dans sa jeunesse. Freda n’a pas peur de tenir tête à sa mère éblouie par la fortune du jeune sénateur, courtisant de sa progéniture métissée. Cependant, Janette s’interroge sur la source de l’immense fortune de cet homme politique. A sa fille, future anthropologue de lui répondre sur un ton sarcastique « c’est ton argent, tes impôts. »

Contrairement à sa sœur, Freda préfère poursuivre ses études en anthropologie à l’université au lieu de se laisser affubler par les hommes et vivre la vie sans se soucier de quoi que ce soit.  Pour sa mère, elle préfère voir Freda se marier à un homme riche ou qu’elle décroche un emploi qui lui rapporte de l’argent. Elle estime que sa fille fait des études qui n’ont aucun débouché dans un pays incessamment en crise, c’est une perte de temps. Quant à Moïse le frère, il préfère laisser les autres se démener pour son bien-être à lui. Son seul intérêt est d’aller retrouver dans un futur proche ses amis qui sont à l’extérieur du pays.

Haïti, notamment Port-au-Prince, la capitale est secouée par une crise socio-politique. Tout cela semble engloutir l’espoir. Freda, qui aime les échanges d’idées, mène le débat avec ses camarades étudiants sur les questions d’histoire et de colonisation ainsi que sur la vie politique de son pays. Selon elle, le colon leur a appris à diaboliser leur religion et leurs héros. Elle se sent frustrée lorsqu’on évoque la spiritualité vaudou avec dédain. Son petit ami, victime d’une balle perdue, lui a proposé d’aller vivre ensemble dans une autre ville. Freda choisit de ne pas le suivre. Malgré le chaos ambiant, elle croit toujours en l’avenir de son pays.

Ce film expose les conditions de vie des femmes en Haïti. Ces femmes dont certaines élèvent leur enfants seules sans l’aide ou la présence d’un homme. La vie que mène cette famille est le reflet de toute une société. La vie en Haïti a ses quelques rares moments de réjouissances. La douleur, les pleurs et les crises socio-politiques, par contre, constituent l’essence de ce pays. Les manifestions de rue et la violence font le quotidien de la jeunesse assoiffée de changement qui ne sait plus s’il faut se battre d’avantage ou se résigner, un sentiment d’impuissance comme le chante le groupe congolais MPR dans ‘’Nini To Salité ‘’(« Mais que n’avons-nous pas fait » en lingala).

Nadège NIKIEMA (Stagiaire) ©www.noocultures.info

 

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