« Rendez-Vous Chez Nous prend en compte les préoccupations de nos populations »

« Rendez-Vous Chez Nous prend en compte les préoccupations de nos populations »

TOGO – Gilbert AGBEVIDE, président de l’Association KAdam KAdam et directeur artistique du festival Rendez Vous Chez Nous au Togo revient sur la 1ère édition de cette manifestation des arts de la rue qui s’est déroulée du 12 au 14 mai 2022.

Après le Burkina Faso d’où est d’ailleurs partie l’initiative, il y a 13 ans et le Mali, le Togo vient d’abriter sa 1ère édition du festival Rendez Vous Chez Nous. Il s’agit d’un festival qui promeut les arts de rue. Quelles sont les caractéristiques d’un festival d’art de rue ?

Un festival d’art de rue est un festival qui s’adapte plus à nos réalités, en plus d’être gratuit et hors les murs. C’est un festival qui traite de la problématique « Quel spectacle pour quelle population ? ». C’est un festival qui rassemble plusieurs arts de la rue à savoir les arts équestres, cirque, marionnettes, jonglerie, musique live, échasses, performances, etc..

On ne crée pas forcément pour faire des tournées à l’étranger mais on crée aussi avec nos réalités, on crée pour nos populations. Un « Rendez-Vous Chez Nous » prend en compte les besoins, les préoccupations de nos populations surtout pour ceux et celles qui n’ont pas les moyens d’aller vers les centres culturels qui se trouvent prioritairement en ville ; et pour lesquels il faut peut-être emprunter un moyen de déplacement, il faut peut-être payer l’entrée, se faire fouiller, etc. Il y a beaucoup de contraintes qui font qu’aujourd’hui, certaines personnes décident de rester chez elles.

Un festival comme Rendez-Vous Chez Nous qui se déroule dans l’espace public, qui donne libre accès à tout le monde et qui propose des prestations gratuites, on pense qu’il répond plus aux besoins de nos populations.

Peut-on dire que c’est un festival jeune public, surtout que la thématique de cette première édition, c’est « Arts et engagement citoyen des jeunes » ?

Non, Rendez Vous Chez Nous n’est pas un festival jeune public. C’est là toute la nuance. Notre festival d’art de rue propose des spectacles pour tout public qu’il soit adulte, jeune ou enfant mais nous travaillons de sorte à ce que la jeunesse puisse prendre conscience de tout ce qui se passe autour d’elle. C’est ce qui justifie la thématique de cette édition.

Au niveau de notre comité d’organisation, on est presque tous jeunes. C’est donc une initiative des jeunes à destination de nos populations mais où la jeunesse tient une place importante. L’art a une mission qui est celle du développement que nous nous assignons en tant qu’artistes. Il faut se demander vers quel public il faut aller. Malheureusement les adultes sont déjà adultes ; l’impact ne sera pas si fort à leur niveau ; on s’est dit que Rendez-Vous Chez Nous s’adresse à la tranche des jeunes qui est un peu fragile et qui représente aussi l’avenir de nos pays. Donc on travaille beaucoup sur la question de la jeunesse. C’est pour cela que nous avons tenu la première édition à la Maison des Jeunes de Lomé.

Gilbert Agbevide dans les locaux de la rédaction de NO’OCULTURES à Ouagadougou le 2 juin 2022 ©noocultures

Rendez Vous Chez Nous est-il viable ou va-t-il connaître le sort de plusieurs autres manifestations culturelles qui n’arrivent pas à être pérennes ?

Notre approche est novatrice et nous permet d’être confiants quant à la pérennité de l’initiative. Nous sommes partis sur une base de partenariat avec plusieurs structures présentes à la première édition. Pour pérenniser ce festival, nous pensons qu’il faut impliquer les différentes structures artistiques et culturelles. On a un partenariat international avec d’autres réseaux de festivals.

Ensemble, on réfléchit pour mettre en place des politiques et des moyens pour que les festivals de rue puissent tenir longtemps. C’est faire en sorte que même avec le peu de moyens qu’on a, on a la possibilité de présenter nos œuvres et de pouvoir les diffuser. On compte beaucoup sur le capital humain que le capital financier. Je pense que c’est une force pour nous et c’est ce qui explique aussi la réussite de cette première édition.

Nous nous sommes résignés à financer de nos poches et compter sur nos artistes pour que Rendez-Vous Chez Nous au Togo puisse se tenir. Et pour une première édition, nous avons réuni 22 compagnies venant de 5 pays dont le Bénin, le Burkina, le Ghana, le Mali et le Togo qui ont proposé des spectacles de marionnettes, de contes, de danse, de musique, de cirque, des performances et aussi l’art équestre.

L’association KAdam KAdam qui organise le festival est plus connue pour ses projets de développement d’arts de la scène. Aujourd’hui, de plus en plus, on la retrouve sur de nouvelles formes artistiques. Comment s’est opérée cette réorientation ?

Il faut savoir que KAdam KAdam est une association togolaise créée par des artistes, qui ont décidé à un moment, de se mettre ensemble pour valoriser leurs talents. Ils sont de plusieurs disciplines artistiques notamment le théâtre, la peinture, la musique, la chanson, etc. Ils ont produit des créations qui leur ont permis de beaucoup jouer pendant les années 1996. Suite à cette expérience collective, les artistes ont jugé bon de continuer ensemble au sein de la compagnie KAdam KAdam.

Pendant près de 10 ans, on a mené des projets pour le développement des arts de la scène. Pas mal de nos créations ont été jouées dans des festivals et dans des centres culturels en Afrique, en Europe et dans les Caraïbes. De cette expérience, on a fait le constat suivant : nos spectacles étaient reçus par des publics avertis ; nos représentations ont manqué de spectateurs dû à une diminution de fréquentation des salles.

Aujourd’hui KAdam KAdam propose des spectacles variés et plus proches de nos publics. Il y a des spectacles dans plusieurs espaces, dans la rue, dans les salles, dans les espaces publics. C’est dans cette optique que nous proposons un événement de rue, Rendez-Vous Chez Nous au Togo au profit de tous ces artistes de rue laissés pour compte et au public plus éloigné des centres.

Propos recueillis par Hortense ATIFUFU ©www.noocultures.info

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