Littérature : quand Kelly Yemdji tance le sadomasochisme humain

Littérature : quand Kelly Yemdji tance le sadomasochisme humain

CAMEROUN – Les hommes se mangent la queue, son nouvel recueil de nouvelles a été présenté au public samedi 28 mai à l’espace Quartier Mozart à Yaoundé.

« Je ne sais pas pourquoi j’écris, ça me soulage autant que ça me plonge dans un profond désarroi », ces propos de Kelly Yemdji, jeune auteure camerounaise de 24 ans résument sa passion pour l’écriture. Pas très précise comme réponse, mais il semble que l’ambiguïté fait partie de l’ADN littéraire de la jeune femme qui en trois ans est à sa deuxième production. Après la publication du roman Le secret de mon échec, dans lequel elle questionne la société sur les raisons de l’échec au baccalauréat d’une élève très brillante, Kelly Yemdji est à nouveau dans les librairies avec Les Hommes se mangent la queue. Un titre métaphorique qui, une fois de plus, embrouille plus qu’il n’éclaire, mais l’auteure assume autant ses productions, ses positions que son féminisme. Tout comme son engagement à décrier les tares d’une société en déliquescence. « Je m’attaque directement au gouvernement parce que je pense qu’il est responsable d’assurer sécurité et bien-être aux citoyens, mais il est souvent responsable de plusieurs maux. Il y a des choses à dire et il faudrait des gens pour les dire », clame-t-elle.

Présenté au public de Yaoundé ce samedi 28 mai au centre culturel Quartier Mozart, Les Hommes se mangent la queue, paru à Elite d’Afrique Editions, se dévoile en un recueil de neuf nouvelles axées sur les travers que connaît la société dans laquelle évolue cette titulaire de deux licences (mathématiques-informatique et communication pour la gouvernance locale et le développement). Le titre traduit le caractère insensé de l’humain capable, sans scrupules, d’hypothéquer même sa descendance pour satisfaire de sombres désirs. À la différence du roman, l’écriture d’une nouvelle demande plus de précision et de concision. Une narration courte avec peu de personnages, car il faut savoir happer le lecteur et le tenir en haleine. Des exigences auxquelles a souscrit l’écrivaine, selon Brice Kamdem son éditeur. Mais le fil d’Ariane reste le même que celui de son premier roman. Celui de remettre en question tout un système. Sauf que les thématiques, violences, déliquescence des mœurs, tragédies… reviennent sous une autre forme.

Féministe-humaniste.

En 130 pages, l’ouvrage dévoile, au fil des histoires, les aspects hideux d’une société souvent voilés par leurs praticiens. Dans un style sarcastique et alerte, le lecteur est appelé à savourer des nouvelles telles que : « Pour une histoire de piment », « Tout ce que vous direz sera retenu contre vous », « Les larmes d’une sirène », « Exercice 10 *** », « Midi soixante », « Me voici au carrefour » ou bien « Valentin n’est pas Saint »… Et le public du jour très curieux s’est particulièrement intéressé au côté féministe de la jeune femme que d’aucuns ont comparé au sexisme. Kelly Yemdji a, avec une éloquence rafraichissante, précisé qu’elle milite pour le respect de l’humain. Féministe-humaniste donc. « Je ne m’attaque pas uniquement au sexe masculin parce que les femmes aussi se mangent la queue entre-elles », recadrera-t-elle.

En décidant de s’attaquer aux sombres couloirs de l’existence humaine, Kelly confie pourtant avoir connu une enfance bienheureuse dans un foyer où prime le respect mutuel. « C’est le fait de voir, en grandissant, des parents qui se violentent, des enfants violés, des femmes à terme qui sont battues par leurs conjoints etc. qui m’amène à me révolter contre cette façon de traiter l’autre », raconte l’auteure. Elle trouve donc en l’écriture un exutoire, une oreille attentive à tout ce qu’elle a à raconter. Par ailleurs, c’est dans le mal-être et la réclusion que Kelly Yemdji trouve l’inspiration et l’envie d’écrire. « Je fantasme tellement sur les histoires que j’écris que ça devient réel », confie-t-elle. Une autre ambiguïté. Son éditeur la présente comme une vraie passionnée de la littérature. Cette dernière a d’ailleurs tenu à remercier nommément les amis qui ont financé bénévolement l’édition de son livre « Ces mots, je les écris avec les larmes de ma joie ; pour que, même lorsque je ne serai plus, ma gratitude continue de vous auréoler », lit-on dans les premières pages. Un texte poignant qui traduit l’environnement éreintant de l’édition au Cameroun. Les Hommes se mangent la queue est un ouvrage à lire et à recommander, rédigé par une auteure qui s’est rapidement positionnée parmi ceux servant à renouveler les cellules de base de la littérature camerounaise.

Pélagie Ng’onana ©www.noocultures.info

Illustration : ©Grâce Essiane 

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