"La sirène du faso fani" : les femmes éclairent le tunnel

"La sirène du faso fani" : les femmes éclairent le tunnel

www.noocultures.info – “La sirène du Faso Fani” est un film de Michel K. ZONGO. Un film qui a remporté de nombreux prix. Ce film revient sur le passé d’une usine de pagnes fermée en mars 2001 et s’intéresse à ce que sont devenus les anciens ouvriers.

Un film plein d’émotions ! Ce film laisse transparaitre des images parlantes qui, du point de vue du choix du cinématographique, n’auraient pas besoin forcement de l’appui de la parole pour être comprises. En effet, à travers ces images présentées en gros plan, on lit facilement l’émotion des acteurs du film. Il va plus loin dans sa monstration et laisse croire au spectateur qu’il regarde et écoute réellement l’acteur en face à face. Ainsi peut-on voir des visages graves, tristes, sur lesquels on voit des yeux qui ont envie de verser des goûtes de larmes. Tellement ces gens sont au désappointement et au bout de l’espoir, le cinéaste prend le soin de montrer leurs mains tremblantes à peine capables de retordre les fils de la machine avec laquelle certains se débrouillaient depuis la fermeture de l’usine.

Dans le souci de faire toute la lumière sur cette situation, le réalisateur va plus loin et remplit notre écran d’un gros visage de personnage. Sur cette image on peut voir même les balafres ; sur lesquelles balafres exsude tout doucement une sueur fine ; et malgré tout l’acteur se force pour se donner un sourire. Mais quel sourire ? un sourire amer résulte de cet effort du gros visage. Comme pour appeler le spectateur à partager la peine de ses acteurs, Michel Zongo s’arrête un instant sur ces derniers avant de leur accorder la parole. Ainsi découvre-t-on des ‘’visages très vrais’’ d’acteurs pensifs au point où  le documentariste devrait répéter la question pour les ramener sur scène.

Le cinéaste ne se limite pas là dans sa monstration. Il plonge son acteur, et par lui le spectateur, dans la nostalgie ; sur ce, à travers des photos rétros, des calendriers et des pagnes conservés et gardés avec soin, les acteurs retournent à l’époque où l’usine fonctionnait à merveille. En plus des images, la monstration du réel est soutendue non seulement par la musique du terroir mais aussi par les bruitages du milieu ambiant, les chants des oiseaux, celui du coq, les voix tremblantes des hommes et aussi par cette voix off de début qui devient une voix in à la fin du film. Cette attitude du cinéaste n’est pas fortuite. En plus de sa volonté de montrer les faits, il témoigne son implication entière pour un changement de situation vie des hommes.

Toutefois, loin d’être pessimiste Michel offre à voir une fin heureuse. Un espoir est semé par la présence de la femme dans le film. Cette présence n’est pas seulement nombreuse et physique mais aussi active ; active par la parole et aussi par le travail. En effet, contrairement à certains films africains, le cinéaste donne la parole aux femmes. Ainsi, leur consacre-t-il une bonne vue à travers un plan situation. Dans plusieurs de ses plans on voit des femmes travaillant en harmonie. Elles teignent, elles filent, elles tissent, elles vendent et achètent des pagnes, et surtout elles forment d’autres personnes. Par cette agencement d’images, le cinéaste montre que la femme africaine est capable de redonner du sourire après une triste situation. En effet, dans le film on remarque que le premier vrai sourire, un sourire large sans angoisse ni tristesse, est esquissé par une femme, montrée en plan rapproché dans sa belle tenue en pagne et au milieu de ces ouvrières qu’elle forme. Symboliquement ces femmes sont comparables à une divinité qui redonne vie aux hommes ; des hommes morts après la fermeture de l’usine faso fani.

Comme pour mettre en relief la réaction et les actions des femmes dans le film, Michel montre celles-ci soit en plan poitrine en train de tisser, soit en panoramique en train de dérouler le fil à tisser ou encore il fixe sa caméra sur des femmes débout teignant les fils. Ainsi montre-il des femmes très occupées au point de ne pas avoir le temps pour porter leurs cache-nez et à peine pour parler un homme à la caméra qui vient perturber leur travail et non pour acheter leurs produits.

En outre, pour appuyer la bravoure et le courage de ces femmes me documentariste oublie sa caméra sur une ouvrière qui, ayant pas porté ses verres parce prise par le travail, vient à les porter. Cela est une façon pour le cinéaste de montrer la clairvoyance des femmes de Koudougou et de l’Afrique de façon générale.

En somme, après la mort causée par la fermeture de l’usine, Michel revient faire une lumière sur les rescapés et ce qui pourrait constituer un germe de bonheur et d’espoir pour ceux-là, la jeune génération et pour tous ceux qui dans un pays ou un autre ont vécu la même situation. Images émouvantes, sonorité d’un temps réel, lumière, … sont autant d’éléments qui ont servi au cinéaste dans l’expression de son art quant à la monstration de ce qui s’est réellement passé. Également, il montre son optimisme, fait intervenir des “sauveurs’’, des femmes donneuses de vie et d’espoir aux ouvriers et à l’humanité.  Ainsi sont-elles heureusement, nombreusement et activement montrées dans le film. La sirène du Faso Fani, l’esthétique d’un cinéaste burkinabé.

Harouna SIMIAN
Article rédigé à l’issue de la Masterclass organisée le 18 mars 2021 à Ouagadougou, dans le cadre de la Semaine Panafricaine de la Critique d’art sous la direction du critique de cinéma marocain, Cherqui AMEUR

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1 Comment

  1. Un grand merci au formateur et à no’ocultures

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