Gabès Cinéma Fen : une séquence pour l’art vidéo des jeunes tunisiens

Gabès Cinéma Fen : une séquence pour l’art vidéo des jeunes tunisiens

www.noocultures.info – Six artistes émergents tunisiens exposent leurs créations dans la section « K Off » qui dure toute la semaine du festival Gabès Cinema Fen.

La résidence K, située rue Mongi Slim à Gabès attire une foule de curieux ce dimanche 8 mai 2022. Cette bâtisse à l’apparence négligée, accueille l’exposition de six jeunes tunisiens, aux profils divers, faisant leurs premiers pas dans l’art vidéo. Un point essentiel pour les organisateurs du Gabès Cinéma Fen (festival de cinéma et d’art contemporain) qui militent fortement pour la valorisation et la vulgarisation de cet art très voisin du cinéma, au point de créer parfois la confusion chez certains publics. C’est pourtant un art à part entière, parmi les nouveaux et donc, pas encore totalement apprivoisé par les spectateurs. Notamment ceux de Gabès où il n’en est qu’à ses balbutiements. Gabès Cinéma Fen souhaite ainsi nourrir et accompagner l’émergence de cette discipline qu’il dit prometteuse, en ce sens qu’elle permet à ses praticiens de parler au public d’une autre manière et de développer un sens élevé de la créativité artistique.

Les œuvres de Siryne Eloued, Souheila Ghorbel, Emna Fetni, Achraf Bettaieb, Wafa Lazhari et Nada Chamli ont chacune occupé une pièce de l’immeuble. Des pièces sombres qui permettent aux visiteurs de découvrir des vidéos allant de 3 à 15 minutes. Au vu des installations, chaque artiste y est allé de sa sensibilité. Et c’est d’ailleurs l’un des éléments qui a motivé la sélection des œuvres par la commissaire de l’exposition, Kenza Jemmali. « La sélection prend comme point d’ancrage ces artistes, leur pratique individuelle et considère l’émergence d’une scène artistique où la réalité et l’expérience de chacun constitue la source d’inspiration », explique-t-elle. Avec l’art vidéo, l’image en mouvement est considérée comme un déploiement de ce qu’incarne l’artiste. L’art vidéo, à la différence du cinéma, serait donc plus intimiste, plus ouvert et traitant de choses et préoccupations simples de la vie quotidienne. « Ils donnent l’opportunité et une liberté d’appropriation de l’œuvre par le public. Dans les vidéos, chacun peut y voir son reflet », fait remarquer Kenza Jemmali.

La résidence K, bâtisse à l’apparence négligée, a accueilli l’exposition de ces jeunes faisant leurs premiers pas dans l’art vidéo ©Gabès Cinéma Fen

L’installation, la technique et le matériau utilisés varient selon l’atypisme de l’auteur et le message qu’il souhaite transmettre. Déjà que les profils de ces jeunes varient entre l’architecture, la photographie et le cinéma. Ce qui intéresse aussi, c’est ce qu’ils ont à offrir de novateur, d’excitant et de remarquable. Wafa Lazhari par exemple, architecte et artiste 3D, fait un rapprochement très intime entre le virtuel et le réel. En présentant le parcours de sa mère qui recherche encore dans ses souvenirs son mari décédé, la jeune femme matérialise la notion changeante et fragile de souvenir et de mémoire qui fait à la fois trouver et perdre des choses à une personne. Sa vidéo propose des images réelles mixées aux scans en 3D pour essayer de traduire des images souvenirs.

« Ce qui m’intéresse dans l’art vidéo, c’est le fait qu’il soit très représentatif, très révélatrice de ce qu’on peut réellement ressentir et essayer d’exprimer. Le public découvre des images nouvelles et un moyen de narration nouveau », confie l’artiste qui est à sa toute première exposition. Il faudrait néanmoins veiller à ce que la démarche soit crédible pour un public en même temps curieux et exigeant. Ce qui, selon les jeunes tunisiens, passe aussi par la multiplication des opportunités de formation, de programmes artistiques et la subvention des projets. Éléments nécessaires pour accompagner la professionnalisation et l’expansion de cet art qui reste encore très expérimental.

Pélagie NG’ONANA, envoyée spéciale à Gabès ©www.noocultures.info

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