"Faso Fani" : Plus de chant de sirène à Koudougou

"Faso Fani" : Plus de chant de sirène à Koudougou

www.noocultures.info – Après ‘Sibi, l’âme du violon’’, ‘’Ti Tiimou’’ et ’’Espoir voyage’’ Michel Zongo nous propose La sirène de Faso Fani. Plusieurs fois primé dans des festivals de renoms comme le Fespaco et le festival international du film de Berlin, ce film documentaire de 90 minutes nous emporte sur les sentiers de la célèbre manufacture de cotonnade burkinabè, Faso Fani.

Situé à une centaine de kilomètres de la capitale politique du pays, Koudougou, cité du cavalier rouge a vu naitre et mourir l’unique usine dédiée à la transformation du coton du pays. Né en 1974, Michel Zongo est bercé toute son enfance par le son de cette sirène annonçant les débuts, les pauses et les fins des travaux des ouvriers jusqu’à ce qu’un matin de mars 2001, aucun son n’émerge de la manufacture.

’’Le Burkina Faso est venu vous exposer la cotonnade produite au Burkina Faso, tissée au Burkina Faso, cousue au Burkina Faso pour habiller les burkinabè. Ma délégation et moi-même sommes habillés par nos tisserands’’. Le film s’ouvre sur ce célèbre discours rempli d’espoir du capitaine Thomas Sankara en 1987 au sommet de l’union africaine à Addis-Abeba. A travers l’utilisation d’archives sonores et visuelles, le réalisateur nous transporte à l’apogée de l’usine. Aux images d’antan, se mêlent avec symphonie le son des émissions de la radio cavalier rouge. La voix de l’animateur agit ainsi comme un repère temporel pour guider les cinéphiles dans ce voyage au cœur de l’histoire du pagne tissé burkinabè.

Le désespoir des hommes…

Dans ce film qui retrace une page sombre de son enfance, Michel Zongo ne veut laisser aucune page d’ombre. La souffrance des travailleurs de l’usine y est montrée dans des détails dramatiques subtiles. Le film s’ouvre en effet sur l’image d’un ex travailleur de l’usine se servant d’un métier à tisser. Aucun effet du temps sur ce vieil homme n’échappe au réalisateur. Dans un enchainement de gros plans, mine renfrognée, regard perdu, aucun détail n’échappe à Michel Zongo. De même quelques minutes plus loin, l’image d’une personne suant sur son métier à tisser laisse percevoir que le film retrace un chemin douloureux. Et cela se ressent dans cette partie du film.  L’horizon est sombre et les ex travailleurs déflatés de l’usine sont montrés sous leur mauvais jour. L’effet de la lumière sur leur visage dépeint l’amertume accumulée depuis la fermeture de l’usine et les couleurs ternes de leurs vêtements ne laissent entrevoir aucun espoir à l’avenir de la filière tissage au Burkina Faso.

…L’optimisme des femmes

A ce pessimisme des hommes se mêlent la gaieté et la volonté de vivre des femmes. La musique devient plus rythmée dans les trente dernières minutes du film et les femmes jusque là quasi absente du film entrent en scène. Plutôt que de s’apitoyer sur le sort de la fermeture de l’usine, elles sont initiatrices du changement. Caméra à l’épaule, le réalisateur les suit tout au long de ce processus et immortalise chacune de leurs réalisations. Les plans serrés dévoilent des étoffes colorées les unes plus imaginatives que les autres, des initiatives de teintures, des regroupements de tisserandes. Ce travail et ce courage féminin sont magnifiés par des plans fixes, à croire que le réalisateur ne veut laisser aucun détail de cette renaissance du pagne lui échapper. Il veut sans doute montrer que tout est encore possible et qu’un avenir est encore possible pour le Faso Danfani. Comme pour monter que rien n’est encore perdu pour sa ville, le réalisateur présent tout au long du film uniquement de par sa voix apparait dans les dernières séquences pour montrer son optimisme et sa volonté de refaire de sa ville natale le berceau du textile au Burkina Faso. Après ce film, porté le pagne Faso Dan Fani devient encore plus une fierté nationale et partagée.

Samira Lydivine SAMANDOULGOU
Article rédigé à l’issue de la Masterclass organisée le 18 mars 2021 à Ouagadougou, dans le cadre de la Semaine Panafricaine de la Critique d’art sous la direction du critique de cinéma marocain, Cherqui AMEUR

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