Exposition : Sambo Bolly et la question de l'identité

Exposition : Sambo Bolly et la question de l'identité

www.noocultures.info – Ses dernières œuvres sont exposées depuis la mi-janvier 2022 à l’Institut français de Ouagadougou. Cette collection de toiles est une réflexion de Sambo Bolly, peintre matiériste autodidacte, sur l’identité. C’est l’invité de notre rédaction cette semaine.

Qui est Sambo Bolly ? Comment vous avez commencé ?

Ça fait près de 30 ans que je fais la peinture. A mes débuts, je vendais des objets artisanaux au Centre national artisanal (CNA). Et c’est là que je me suis formé, parce que je me suis rendu compte que j’étais passionné d’art. Je disais déjà des contes. Lorsque j’ai commencé, les gens qui passaient par là appréciaient mon travail et c’est ce qui m’a permis de poursuivre mon rêve. Ma technique s’est améliorée avec le temps, plus tu travailles, plus tu te corriges et tu te perfectionnes. Un jour, il y a Janvier, un peintre et sculpteur suisse qui était de passage au centre. Lorsqu’il a vu ce que j’avais déjà fait, il a apprécié la technique que j’utilisais. Puisque cela ressemblait un peu au travail du musée de l’art brut de Lausanne, il m’a encouragé à aller de l’avant. Il poursuivit qu’avec ses amis, ils pourraient m’aider à exposer en Suisse, l’année prochaine. Et c’est ainsi qu’ils m’ont invité et j’ai pu exposer en début des années 1990 et ainsi chaque année, on organisait des expositions.

Comment se porte votre art et comment le décririez-vous ?

L’art que je fais nous appartient à tous. Lorsque vous avez devant vous une toile et voyez tout ce qui est logé dans cette toile, ça reflète une image, un dessin. On choisit ce que l’on veut partager avec les autres, les émotions, les idées, un message à faire passer. Par exemple pour cette exposition (En quête d’identité, à l’Institut français de Ouagadougou, ndlr), j’ai choisi comme thème « En quête d’identité », car chacun de nous a une identité et l’on est permanemment en quête de celle-ci.

Quelle sont vos sources d’inspiration ?

Je m’inspire de mon quotidien, de ce que je vis et perçois autour de moi. Et aussi des interactions avec les uns et les autres. Je puise l’essentiel de mes ressources dans nos traditions, nos cultures, tout ce qui est en lien avec nos sociétés. Pour représenter sa culture, il faut au préalable la connaître pour pouvoir parler d’elle. On ne peut parler de ce que l’on ne connaît pas.

Parlez-nous de ce titre d’exposition « En quête d’Identité » ?

Quand on parle de quête d’Identité cela nous concerne tous et chacun devrait trouver son compte. Il faut déjà savoir qui on est et s’accepter. Tout ce que nous sommes aujourd’hui, cela se construit autour de ce nous puisons nos traditions, nos cultures, nos racines. La preuve dès que tu te retrouves dans un milieu qui ne t’est pas familier, ta propre identité te fait peur, tu ne sais pas comment se fera l’interaction avec les autres ; comment est-ce qu’on te perçoit ? Il nous appartient d’afficher notre identité, de rester nous-même quel que soit le milieu, au risque de se perdre. Parfois on a le sentiment d’être étranger chez soi, puisqu’on a aucun lien avec nos sources. De nos jours, on a des problèmes avec notre identité, face à des nouvelles situations sécuritaires sanitaires, donc nous ne savons pas comment nous comporter, ni comment réagir ; alors on semble être perdu, déraciné voire même sans identité propre. Nous devons surpasser les préjugés, la stigmatisation, et s’affirmer, et se faire accepter comme tel, peu importe où que nous soyons dans le monde. Quelle que soit ta race et d’où tu viens, n’aie pas peur d’afficher ton identité. Plus tu connais ta culture et ton identité, mieux tu vis.

Comment est-ce qu’on reconnait l’africain que vous êtes à travers vos toiles ?

De façon générale, les toiles africaines sont perceptibles à travers les thèmes, les titres ; et chaque région, chaque milieu a sa particularité artistique, puisque chaque artiste s’inspire de son milieu. On a à peu près les mêmes besoins, mais la technique diffère. Par exemple, l’Afrique centrale a ses techniques de peinture propres à elle, différentes de celle du Maghreb ou de l’Afrique de l’ouest. Même la couleur d’une région à l’autre n’est pas la même, le Maghreb privilégiera plus la couleur bleue, par contre ici nous travaillons plus avec le jaune ou le noir.

Vous utilisez une diversité des supports dans vos peintures ! Quelle est la particularité de ces tableaux ?

Ma technique à moi est la technique mixte, c’est ce que j’utilise lors de mes créations. Il peut arriver que j’utilise un morceau de tissu, un objet, un fer ou quelque chose d’autre pour ajouter de la valeur à mes toiles. Tout dépend de ce que je veux représenter à travers ces objets utilisés et le sens que je veux leur donner. Les couleurs à leur tour ont tous leurs sens sur la toile. Ce sont elles qui font l’image, car c’est tout qui rend l’image finale que nous voulons représenter.

Vos toiles sont-elles vendues, ou vous le fait pour vous uniquement ?

Mes toiles, je les fais pour mon propre bonheur à moi. Les gens achètent aussi. Ailleurs, il y a des musées d’art contemporain, où les gens payent pour voir les expositions, donc certaines personnes achètent avec les artistes pour pouvoir exposer dans ces musées. Moi personnellement je vis de mon art à travers mes expositions à travers le monde.

Quelle est la partie la plus difficile de la création d’un tableau ?

Le plus difficile dans la création d’un tableau, pour moi, ce sont les idées. Sans les idées, il n’y a pas d’art. Puisqu’il faut avoir une idée et partir d’elle pour rendre réel l’imaginaire.

Pensez-vous qu’il faut enseigner l’art aux enfants ?

Évidemment il faut enseigner l’art aux enfants dès leur bas-âge. Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on va aimer et apprécier l’art ; c’est tout un processus qui passe par l’initiation à l’art et au langage artistique. L’art permet de se cultiver, c’est l’une des premières sagesses. Comme je l’ai toujours dit, mieux tu es cultivé, mieux tu t’adaptes à ton milieu. Il faut amener les enfants à aimer l’art et cela passe par l’enseignement.

Pour les jeunes qui veulent apprendre l’art par quoi est ce qu’ils doivent commencer ?

Il faut déjà aimer ce que tu fais ou ce tu veux faire et par la même occasion travailler pour soi-même premièrement. L’art, les créations et même les représentations, on les fait pour soi-même d’abord. On ne fait pas de l’art pour plaire à quelqu’un. Si toi-même tu trouves un plaisir et une satisfaction, cela attirera les autres aussi.

La plupart des parents ne veulent pas que les enfants fassent de l’art, parce qu’ils trouvent que l’art ne nourrit pas son homme. Qu’en pensez-vous ?

Ce n’est pas le travail qui assure l’avenir, ce sont les idées, les visions qu’on parvient à matérialiser, à concrétiser. Même si tu lègues des milliards à tes enfants, tant que tu ne leur apprends pas comment travailler, pérenniser les acquis, ils ne pourront pas s’en sortir. Ne pas vouloir que son enfant soit artiste, c’est un faux-débat, certaines personnes pensent que là où ils ont échoué, les autres échoueront également. Les débuts ne sont pas faciles, il faut persévérer, aller de l’avant tout en se perfectionnant. Chacun a son destin, il suffit de croire en soi.

Est-ce vous organisez des formations d’initiation des enfants la peinture ?

On veut le faire, mais pour l’instant c’est compliqué, on a l’impression que les enfants ne sont pas intéressés. Et cela dépend aussi des parents qui doivent accompagner leurs enfants. Lors de mes expositions, j’aime inviter les écoliers à visiter, surtout que l’initiation à l’art n’est pas intégrée dans les programmes scolaires.

En tant qu’artiste, comment avez vécu le putsch puis cette phase transitoire que traversent notre pays ? Cela a-t-il impacté votre exposition à l’Institut français d’une manière ou d’une autre ?

On a été surpris comme tout le monde. C’est déplorable, on ne peut qu’espérer un retour rapide à la normalité. La situation actuelle n’a pas eu d’impact sur l’exposition, parce que l’Institut français est un cadre assez sécurisé et ouvert à tous. Du moment où chacun était autorisé à vaquer à ses occupations et qu’il n’y avait pas de manifestations en ville, l’exposition accueillait toujours des visiteurs.

Propos recueillis par la rédaction. ©www.noocultures.info / janvier 2022

Retranscription : Nadège Nikiema (Stagiaire)
Relecture : Dzifa Amée Atifufu

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