72 Heures du Livre : un café d’auteures en apéritif de la 14e édition

72 Heures du Livre : un café d’auteures en apéritif de la 14e édition

www.noocultures.info – Organisée en partenariat avec l’Ambassade d’Espagne en Guinée et les 72 Heures du livre, la table ronde sur les femmes, la littérature et l’entreprenariat a drainé un public enthousiaste le 21 avril 2022 au K-concept à Conakry.

Un panel de cinq écrivaines pour donner le ton de la 14è édition des 72 Heures du Livre. Le siège de K-concept à Nongo situé dans la commune de Ratoma à Conakry, a accueilli la toute première activité dédiée à cette édition du salon du livre : un café littéraire sur la thématique « Femmes, littérature et entrepreneuriat ». Les auteures, toutes aussi particulières que passionnées ont offert un échange riche et émouvant à un public attentif. Des parcours divers et variés, étonnants et inspirants ont nourris une assistance en quête de repères. Quelles sont les défis à relever quand on est femme et qu’on veut écrire ? Gérer un foyer et écrire sont-ils compatibles ? Comment publier un ouvrage dans un contexte africain encombré par les préjugés, l’amateurisme et la précarité du marché du livre ? Les femmes ont donné à entendre.

Un public intéressé et assidu…

Tout d’abord, pourquoi les femmes ? « 95% des investisseurs sont des hommes et les projets portés par des femmes ne sont pas visibles », dira l’Espagnole Theresa Alarcos. « Tous les problèmes sont relatifs aux femmes », va renchérir la Malienne Assia Boucary Maiga, membre du réseau des femmes écrivaines du Mali. « Si on n’en parle pas personne ne le fera à notre place », conclut la Rwandaise Safi Chantal. Mais ce qui est important, retient-on, c’est d’être nourrit par la passion qui, elle, transcende tout le reste. Elle fait naître le déclic et permet d’aller jusqu’au bout du projet même dans un environnement hostile à la lecture. L’envie de décrier une injustice ou tout simplement de partager son expérience peut motiver à penser une œuvre. La colère contre le racisme et l’immigration clandestine, par exemple, pousse Sani Chantal à écrire son premier livre, Le ras-le-bol d’une immigrée (276 pages, éditions Presses & culture, 2015).

… a abordé la question de la place de la femme dans la littérature

De l’avis des auteures, il demeure constant que les femmes sont sous représentées dans le monde de la littérature en Afrique. Les raisons vont des barrières financières à la peur de ne pas être lue, en passant par le manque d’indépendance pour certaines en couples. Des barrières qui existent mais qui ne sont pas incontournables, vont-elles souligner. Il est surtout question de trouver des astuces. « Pensez à avoir d’autres activités génératrices de revenus », va conseiller la Guinéenne Tissou Touré. « Au Mali on écrit plus par passion que pour être lu », confie Assia Boubakary Maiga. Avant d’ajouter que dans le cas où on est mariée, il faudra avoir la chance de tomber sur un mari compréhensif et être prête à faire beaucoup de sacrifices. « Je pense qu’il y a également un gros effort à faire au niveau de la promotion. Il y a des femmes qui écrivent mais sont dans l’ombre. En Guinée par exemple, après la sortie du livre, elles disparaissent du paysage. Aucune campagne de promotion », fait remarquer la Sénégalo-guinéenne Fatoumata Sano. Elle relève par ailleurs que tous les handicaps constituant un frein à l’épanouissement de la femme africaine dans le livre, ne sont pas d’un seul bord. On note une éducation de base biaisée et un laxisme au niveau de la formation. Le résultat c’est un contenu superficiel dans un langage approximatif. « Si on veut écrire en français il faut apprendre la grammaire, l’orthographe et le vocabulaire. Les femmes en Guinée sont sous scolarisées. Déjà que l’apprentissage des langues nationales est fragilisée. Quand un livre est truffé de fautes ça ne donne pas envie de lire. Les femmes et les jeunes en général doivent mettre l’accent sur la formation, l’apprentissage de la langue », conseille-t-elle. Pour elle, bannir la peur, se lancer avec passion, s’organiser et multiplier ses sources de revenus sont des ingrédients indispensables pour rendre la femme africaine prolifique dans la littérature.

Pélagie NG’ONANA, envoyée spéciale à Conakry ©www.noocultures.info

Illustration : © Amée Atifufu / NO’OCULTURES

laissez un commentaire

Envoyer un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.